LES ACTIVITÉS NUCLÉAIRES : RAYONNEMENTS IONISANTS ET RISQUES POUR LA SANTÉ ET L’ENVIRONNEMENT La conduite en cas d’incident, d’accident ou d’accident grave L’ASNR contrôle les processus d’élaboration et de validation des procédures de conduite en cas d’incident ou d’accident, leur pertinence et leurs modalités de mise en œuvre. Dans ce cadre, l’ASNR a mené en 2025 plusieurs inspections sur les dispositions organisationnelles et techniques prévues par EDF en situation d’incident ou d’accident. Ces inspections intègrent le plus souvent une mise en situation des équipes de conduite afin de contrôler les modalités d’application des consignes, ainsi que les pratiques d’intervention et de communication au sein de ces équipes. À l’issue de ces inspections, l’ASNR considère comme satisfaisant le niveau de préparation des équipes de conduite pour faire face à de telles situations malgré la persistance de quelques erreurs et imprécisions dans les documents opératoires. L’ASNR a également mené des inspections réactives en 2025 sur plusieurs installations qui ont subi des aléas nécessitant l’arrêt des réacteurs. À l’exception d’un événement lors duquel l’équipe de conduite n’a pas procédé à l’application fidèle des consignes de conduite dédiées, l’ASNR considère que les situations générées par ces aléas, notamment l’arrivée massive de colmatant dans la source froide de plusieurs réacteurs, ont été bien gérées. L’organisation de crise Lorsque la situation de l’installation se dégrade ou que des moyens supplémentaires sont nécessaires à la gestion de la situation, les procédures de conduite en cas d’incident ou d’accident prévoient le déclenchement du PUI, qui entraîne la mise en place d’une organisation de crise. En 2025, quatre centrales nucléaires ont déclenché leur organisation de crise pour un incendie hors zone nucléaire, c’est-à-dire dans une zone ne contenant pas de substances radioactives : le 28 janvier à la centrale nucléaire de Chinon, le 29 mai à la centrale nucléaire du Bugey, le 6 juin à la centrale nucléaire de Dampierre-en-Burly et le 20 décembre à la centrale nucléaire de Chooz. La centrale nucléaire de Flamanville a également mis en œuvre une organisation particulière à la suite de la détection d’une fuite sur une tuyauterie de faible diamètre connectée au circuit primaire le 22 mars, sans atteinte des critères de déclenchement du PUI. De manière réactive, la centrale nucléaire a appliqué les consignes prévues à cet effet et en a informé l’astreinte de l’ASNR. Cet événement n’a pas eu de conséquence pour l’environnement. Ces cinq situations ont eu un impact limité sur les installations et n’ont pas nécessité d’action de protection de la population. Afin d’éprouver l’organisation de crise d’EDF et des pouvoirs publics, l’ASNR participe à des exercices nationaux. Parmi ces exercices en 2025, trois d’entre eux ont eu lieu sur des centrales nucléaires (Chinon, Flamanville et Gravelines). L’ASNR a également procédé à plusieurs inspections sur l’organisation et les moyens de crise d’EDF. Ces inspections, dont certaines reposent sur une mise en situation inopinée induisant le déclenchement de l’organisation de crise du site, ont également été l’occasion de tester l’opérationnalité du dispositif sur des sujets spécifiques (matériels locaux de crise, documentation, formation, suivi des processus, etc.). Dans l’ensemble, ces exercices et inspections ont permis de s’assurer que les sites d’EDF disposent d’un niveau d’appropriation des principes d’organisation, de préparation et de gestion des situations d’urgence leur permettant d’assurer les actions requises en cas de crise. L’ASNR souligne en outre le professionnalisme et la motivation des équipiers d’astreinte mobilisés. Toutefois, EDF doit poursuivre ses efforts concernant le suivi du maintien en condition opérationnelle des moyens mobilisables en situation d’urgence et des procédures associées, les formations et les entraînements des équipiers de crise. 2.4.3 – Le processus de retour d’expérience La prise en compte par EDF du retour d’expérience issu de l’exploitation de ses installations et de celles d’autres exploitants est indispensable à l’amélioration continue de la sûreté. Cette prise en compte repose sur la collecte et l’analyse des événements. Les événements significatifs sont analysés individuellement. Cette analyse vise à identifier leurs causes profondes et les évolutions à apporter pour éviter leur reproduction. Des analyses de tendance et des signaux faibles sont régulièrement réalisées par EDF pour identifier, le plus en amont possible, des dégradations du niveau de sûreté. EDF prête une attention particulière à la détection et à l’analyse des événements significatifs potentiellement génériques, qui sont détectés sur un réacteur mais qui pourraient en affecter plusieurs. 2.4.4 – L’évaluation du processus de retour d’expérience Le processus de retour d’expérience L’ASNR analyse les déclarations et comptes rendus d’événement significatif transmis par EDF afin de s’assurer de leur pertinence. Elle mène également des inspections sur les centrales nucléaires pour s’assurer de la bonne mise en œuvre du processus de retour d’expérience. La qualité et la disponibilité des ressources affectées à l’analyse approfondie des événements significatifs sont satisfaisantes sur l’ensemble des centrales nucléaires, ce qui constitue un point positif. Toutefois, l’ASNR constate que l’implication des spécialistes des facteurs organisationnels et humains est toujours insuffisante et hétérogène selon les sites : sur certains, des spécialistes sont mobilisés dès le recueil des faits et participent à l’analyse des données et à l’élaboration des actions correctives, ce qui est satisfaisant ; sur d’autres, ils ne sont impliqués qu’au moment de la validation ou de la relecture de l’analyse. En 2025, l’ASNR a constaté que les causes apparentes et les causes profondes des événements significatifs, lorsqu’elles concernent des défaillances matérielles ou humaines, sont généralement correctement analysées et traitées par des mesures adéquates. Cependant, l’investigation des causes, lorsqu’elles concernent l’organisation ou la situation de travail, demeure insuffisante. Enfin, l’ASNR estime qu’EDF doit encore progresser sur l’évaluation de l’efficacité des actions correctives et sur les conditions de clôture de ces actions. La capitalisation des enseignements et le partage du retour d’expérience restent des points à surveiller. Les déclarations d’événements significatifs par EDF En application des règles relatives à la déclaration des événements significatifs (voir chapitre 3, point 3.3), l’ASNR a reçu de la part d’EDF, en 2025, 784 déclarations d’événements significatifs au titre de la sûreté (ESS), 118 au titre de la radioprotection (ESR) et 70 au titre de la protection de l’environnement (ESE). Il est à noter que, depuis 2021, les événements significatifs de la centrale nucléaire de Fessenheim, arrêtée définitivement en juin 2020, ne sont plus comptabilisés dans ce bilan. Par ailleurs, ce bilan intègre l’exploitation du réacteur EPR de Flamanville mis en service en mai 2024 (33 événements significatifs au titre de la sûreté, dont 5 de niveau 1 en 2025). Le graphique 1 présente l’évolution du nombre d’événements significatifs déclarés par EDF et classés sur l’échelle INES (International Nuclear and Radiological Event Scale – Échelle internationale des événements nucléaires et radiologiques, graduée de 0 à 7 par ordre croissant de gravité) depuis 2015. 302 Rapport de l’ASNR sur l’état de la sûreté nucléaire et de la radioprotection en France en 2025
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