LES ACTIVITÉS NUCLÉAIRES : RAYONNEMENTS IONISANTS ET RISQUES POUR LA SANTÉ ET L’ENVIRONNEMENT 2.4.5 – La protection contre les agressions d’origine interne ou externe Les centrales nucléaires doivent pouvoir faire face à des agressions de natures variées, qui trouvent leur origine à l’intérieur ou à l’extérieur des installations. Les principales agressions présentant un enjeu pour la sûreté sont détaillées ci‑dessous. Les risques liés aux incendies Un incendie peut entraîner des défaillances d’équipements nécessaires à la maîtrise des fonctions fondamentales de sûreté. Des dispositions doivent donc être mises en œuvre pour protéger les parties sensibles des installations contre l’incendie. Les centrales nucléaires, comme les autres INB, sont soumises à la décision n° 2014-DC-0417 de l’ASN du 28 janvier 2014 relative aux règles applicables aux INB pour la maîtrise des risques liés à l’incendie. La prise en compte du risque d’incendie dans les centrales nucléaires repose sur le principe de défense en profondeur fondé sur les trois niveaux que sont la conception des installations, la prévention, ainsi que la détection et la lutte contre l’incendie. Les règles de conception visent à empêcher l’extension d’un incendie et à en limiter les conséquences ; elles reposent principalement sur la « sectorisation incendie ». Il s’agit d’un découpage de l’installation en secteurs et zones de cantonnement conçu pour circonscrire le feu dans un périmètre donné et délimité par des éléments matériels (portes, murs et clapets coupe‑feu) présentant une durée de résistance au feu spécifiée. Celle‑ci a notamment pour objectif d’éviter la transmission d’un incendie à deux matériels assurant de manière redondante une fonction fondamentale de sûreté. Les risques liés aux explosions Une explosion peut endommager des éléments essentiels au maintien de la sûreté ou conduire à une rupture du confinement et à la dispersion de substances radioactives dans l’installation, voire dans l’environnement. Des dispositions doivent donc être mises en œuvre par l’exploitant pour protéger les parties sensibles de l’installation. Les risques liés aux inondations internes Une inondation interne, c’est‑à‑dire provenant de l’intérieur de l’installation, peut entraîner des défaillances d’équipements nécessaires à la maîtrise des fonctions fondamentales de sûreté. L’inondation peut notamment être induite par un séisme. Des dispositions sont donc prises pour prévenir les inondations internes (maintenance des tuyauteries véhiculant de l’eau, etc.) ou maîtriser leurs conséquences (présence de siphons de sol et pompes d’exhaure permettant d’évacuer l’eau, mise en place de seuils ou de portes étanches pour éviter la propagation de l’inondation, etc.). Les risques liés aux séismes Bien que la sismicité soit modérée en France, la prise en compte de ce risque par EDF dans la démonstration de sûreté de ses réacteurs électronucléaires fait l’objet d’une attention soutenue de la part de l’ASNR compte tenu des conséquences potentielles sur la sûreté des installations. Des dispositions parasismiques sont prises dès la conception des installations et sont réexaminées périodiquement au regard de l’évolution des connaissances, à l’occasion des réexamens périodiques. La règle fondamentale de sûreté (RFS) n° 2001‑01 du 31 mai 2001 définit la méthodologie pour déterminer le risque sismique pour les INB de surface. Cette RFS est complétée par le guide 2/01 de mai 2006 de l’ASN, qui définit les méthodes de calcul acceptables pour l’étude du comportement sismique des bâtiments nucléaires et d’ouvrages particuliers comme les digues, les galeries et les canalisations enterrées, les soutènements ou les réservoirs. La conception des bâtiments et matériels importants pour la sûreté des centrales nucléaires doit ainsi leur permettre de résister à des séismes d’intensité supérieure aux plus forts séismes connus survenus dans la région. Les centrales nucléaires d’EDF doivent donc pouvoir faire face à des niveaux de séisme intégrant les spécificités géologiques locales. Dans le cadre des réexamens périodiques, la réévaluation sismique consiste à vérifier le caractère suffisant du dimensionnement sismique de l’installation en tenant compte du progrès des connaissances en matière de sismicité de la région du site ou de méthodes d’évaluation du comportement sismique des structures et équipements. Les enseignements tirés du retour d’expérience international sont également analysés et intégrés dans ce cadre. Les réévaluations sismiques conduisent régulièrement EDF à renforcer la résistance de ses installations. Les risques liés aux canicules et aux sécheresses Au cours des événements caniculaires de 2003 et 2006, certains cours d’eau nécessaires au refroidissement de centrales nucléaires ont connu une réduction de leur débit et un échauffement significatif. Par ailleurs, des augmentations notables de température ont été relevées dans certains locaux des centrales nucléaires abritant des équipements sensibles à la chaleur. EDF a pris en compte ce retour d’expérience et a réévalué le fonctionnement de ses installations dans des conditions de température de l’air et de l’eau plus sévères que celles retenues initialement à la conception. En parallèle du développement de ce référentiel de sûreté portant sur les situations dites de « grands chauds », EDF a modifié ses installations (par exemple pour augmenter la capacité de certains échangeurs) et mis en place des pratiques d’exploitation qui optimisent la capacité de refroidissement des équipements et améliorent la tenue des matériels sensibles aux températures élevées. Dans le cadre des réexamens périodiques des réacteurs, EDF prend en compte le changement climatique et continue à améliorer la capacité de ses installations à se prémunir des effets d’une situation de canicule. Il est notamment prévu d’améliorer la capacité de certains systèmes de refroidissement de matériels requis pour la démonstration de sûreté nucléaire. EDF a également engagé un programme de veille climatique afin d’anticiper les évolutions du climat qui pourraient remettre en cause les hypothèses de température retenues dans son référentiel. Comme pour les autres agressions, l’ASNR demande à EDF de tirer le retour d’expérience des différents événements caniculaires, ainsi que leurs effets sur les installations. La prise en compte des agressions naturelles d’intensité extrême À la suite de l’accident de la centrale nucléaire de Fukushima (Japon) survenu le 11 mars 2011, les évaluations complémentaires de sûreté ont conduit l’ASN à prescrire la mise en place d’un « noyau dur » de dispositions matérielles et organisationnelles pour faire face aux situations découlant d’agressions naturelles externes d’intensité extrême, dont la sévérité dépasse celle considérée jusqu’alors dans le référentiel de sûreté de chaque installation. Les agressions naturelles externes retenues pour la conception du « noyau dur » sont les suivantes : le séisme, l’inondation (dont les pluies de forte intensité) et les phénomènes associés (vents extrêmes, foudre, grêle), ainsi que la tornade. 2.4.6 – L’évaluation de la maîtrise des risques liés aux agressions L’ASNR contrôle la prise en compte des risques liés aux agressions dans les centrales nucléaires en se fondant notamment sur la réévaluation de la conception des installations dans le cadre des réexamens périodiques, l’analyse des référentiels de sûreté de l’exploitant, l’examen des événements significatifs et les inspections réalisées sur les sites. 304 Rapport de l’ASNR sur l’état de la sûreté nucléaire et de la radioprotection en France en 2025
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