LES ACTIVITÉS NUCLÉAIRES : RAYONNEMENTS IONISANTS ET RISQUES POUR LA SANTÉ ET L’ENVIRONNEMENT Actuellement, une dizaine de projets de ce type sont en cours dans les ateliers anciens (silos STE2, 115 et 130 dans l’INB 38, silo HAO dans l’INB 80). Ils vont se dérouler sur plusieurs décennies et sont un préalable au démantèlement complet de ces ateliers, alors que le démantèlement des parties de procédé de l’usine se poursuit avec des techniques plus classiques. Sur le site de La Hague, les installations en démantèlement présentent des interactions avec les installations en fonctionnement (voir chapitre 10 concernant le « cycle du combustible »). En particulier, les transferts d’effluents sur le site de La Hague sont réalisés grâce à des lignes de transfert (tuyauteries) situées dans des ouvrages en béton, enterrés ou affleurants, appelés caniveaux. Orano était tenu de réaliser le dévoiement de l’ensemble des caniveaux de première génération du site de La Hague avant fin 2024. En effet, ces caniveaux de première génération ne sont pas, pour la grande majorité, équipés de dispositifs de récupération de fuite, et leur vétusté ne permet pas de garantir de manière pérenne leur fonction de sûreté de confinement des effluents radioactifs liquides qu’ils véhiculent. Ces caniveaux sont notamment utilisés pour le transfert d’effluents entre les installations en fonctionnement du site de La Hague (INB 117 et 118). L’exploitant a informé l’ASN en 2024 qu’il ne serait pas en mesure de respecter cette prescription, et a demandé une prolongation d’utilisation de certains caniveaux, jusqu’à fin 2025 et fin 2028, compte tenu des aléas rencontrés et de la complexité des chantiers de dévoiement des lignes de transfert des effluents entre les différentes usines du site. Considérant qu’Orano doit mettre fin à l’utilisation des caniveaux de première génération sur le site de La Hague, l’ASNR a mis en demeure Orano de réaliser le dévoiement des différentes lignes de caniveaux de première génération restantes, sur un échéancier allant de fin 2025 à fin 2028. L’exploitant devra par ailleurs présenter et mettre en œuvre, dans l’attente du dévoiement effectif des caniveaux concernés, des mesures compensatoires permettant de prévenir le risque identifié de contamination des sols en cas de fuite. 2.5 Les installations support (entreposage, traitement des effluents et de déchets radioactifs) Un bon nombre de ces installations, la plupart mises en service dans les années 1960, dont le niveau de sûreté n’était pas conforme aux meilleures pratiques actuelles, ont été arrêtées. Les anciennes installations d’entreposage n’ont initialement pas été conçues pour permettre l’évacuation de leurs déchets et, pour certaines, le stockage de ces déchets y était envisagé comme définitif. À titre d’exemples, on peut citer les silos de Saint‑Laurent‑des‑Eaux (INB 74), les fosses, tranchées et hangars de l’INB 56, les puits de l’INB 72 et de l’INB 166. La reprise des déchets y est complexe et s’étendra sur plusieurs décennies. Les déchets doivent être ensuite conditionnés et réentreposés dans de bonnes conditions de sûreté. De nouvelles installations de conditionnement et d’entreposage sont ainsi en projet ou en cours de construction. Les stations de traitement des effluents (STE) ont quant à elles été arrêtées du fait de leur vieillissement ou de l’arrêt du fonctionnement des installations productrices des effluents destinés à ces stations. À titre d’exemple, on peut citer l’INB 37-B de Cadarache. Les difficultés associées au démantèlement des STE dépendent étroitement des conditions de l’arrêt de ces dernières, en particulier de leur vidange et du rinçage des cuves. Le démantèlement de ces installations support soulève de nombreuses problématiques. D’une part, la méconnaissance de l’historique d’exploitation et de l’état de l’installation à démanteler (prise en compte de la corrosion de fûts de déchets ou de la pollution des sols résultant d’événements significatifs survenus lors de l’exploitation, par exemple) nécessite une caractérisation préalable des déchets anciens entreposés et des boues ou dépôts présents dans certaines cuves ou silos. D’autre part, tenant compte des quantités, des formes physico‑chimiques, de la radiotoxicité des déchets contenus dans ces installations, l’exploitant doit développer des moyens et des compétences faisant appel à des techniques d’ingénierie complexes (radioprotection, chimie, mécanique, électrochimie, robotique, intelligence artificielle, etc.). En effet, ces déchets sont très irradiants et hétérogènes, étant composés d’éléments de structure issus du traitement de combustibles, de déchets technologiques, de gravats, de terres, de boues. Certains déchets ont été entreposés en vrac, sans tri préalable. Les opérations de reprise nécessitent donc des moyens de préhension téléopérés, des systèmes de convoyage, de tri, des systèmes de pompage des boues et de conditionnement des déchets. Le développement de ces moyens, la réalisation des opérations dans des conditions acceptables de sûreté et de radioprotection, voire la construction de nouvelles installations de RCD, constituent un enjeu majeur pour l’exploitant. Ces opérations pouvant durer plusieurs décennies, la maîtrise du vieillissement des installations est aussi un défi. FOCUS N°3 Prolongation du fonctionnement de trois évaporateurs de l’atelier HAPF de l’INB 33 L’atelier Haute Activité Produits de Fission (HAPF) de l’INB 33 contient des évaporateurs qui servaient à épurer les solutions acides utilisées pour dissoudre les combustibles nucléaires irradiés, pour en extraire les composants, ou pour rincer des équipements. Cette épuration était nécessaire afin de rendre ces solutions acides compatibles avec un traitement. Dans le cadre du démantèlement de l’installation, certains équipements de procédé nécessitent encore des rinçages à l’aide de solutions acides avant de pouvoir être démantelés. Il est donc nécessaire de disposer d’évaporateurs pour épurer ces solutions, et ce jusqu’à la fin des rinçages. Les solutions traitées dans les évaporateurs étant très acides, les matériaux constitutifs de ces équipements sont soumis à des phénomènes de corrosion très importants. Le dossier de démantèlement de l’INB 33 soumis à enquête publique fin 2020, sur lequel se fonde le décret de démantèlement modifié du 8 novembre 2013, prévoyait que les rinçages et l’utilisa‑ tion des évaporateurs devaient être achevés le 31 décembre 2024. Toutefois, les plannings des opérations de rinçage et de démantè‑ lement de l’INB 33 ont pris du retard, pour diverses raisons tech‑ niques. En conséquence, les rinçages n’ont pas pu être terminés avant le 31 décembre 2024. Orano a ainsi demandé à l’ASNR l’au‑ torisation de prolonger le fonctionnement des trois évaporateurs de l’atelier HAPF dont il a encore besoin pour terminer l’épuration des solutions acides utilisées pour les rinçages préalables au démantèlement des équipements, pour une durée de sept ans. L’instruction de cette demande a mis en lumière plusieurs problé‑ matiques techniques, dont notamment la prise en compte des phénomènes de corrosion localisée dans le suivi en service des évaporateurs. Les informations actuellement disponibles sur l’état des trois évaporateurs de l’atelier HAPF permettent d’envisager leur redé‑ marrage pour un cycle de fonctionnement seulement, représentant une centaine de jours de fonctionnement effectif. Une prolongation plus longue qu’un cycle de fonctionnement nécessitera des éléments complémentaires, notamment concernant les phéno‑ mènes de corrosion localisée. En conséquence, l’ASNR a délivré, fin novembre 2025, l’autorisation de redémarrer trois évaporateurs de l’atelier HAPF pour un cycle de fonctionnement, et a encadré ce redémarrage par des prescrip‑ tions techniques. Rapport de l’ASNR sur l’état de la sûreté nucléaire et de la radioprotection en France en 2025 353 01 05 09 02 06 10 03 07 11 13 04 08 12 A / Z
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