Rapport de l'ASNR 2025

Centre‑Val de Loire Site de Chinon Le site de Chinon, situé sur le territoire de la commune d’Avoine dans le département d’Indre‑et‑Loire, en rive gauche de la Loire, comporte différentes installations nucléaires, certaines en fonctionnement, d’autres en cours de démantèlement. Au sud du site, la centrale nucléaire de Chinon B comporte quatre réacteurs en fonctionnement d’une puissance de 900 MWe, mis en service en 1982 et 1983 pour les deux premiers, qui constituent l’INB 107, puis 1986 et 1987 pour les deux derniers, qui constituent l’INB 132. Au nord, les trois anciens réacteurs appartenant à la filière UNGG, dénommés Chinon A1, A2 et A3, sont en cours de démantèlement. Sont également implantés sur le site le Magasin interrégional de combustible neuf, le MIR, et une installation d’expertise des matériaux activés ou contaminés, l’AMI, en cours de démantèlement et dont les activités d’expertise ont été transférées vers le Laboratoire intégré d’expertises de Chinon (Lidec). 1. Parmi les scénarios possibles pour le démantèlement des structures fortement activées ou contaminées, on distingue le démantèlement « en air » et le démantèlement « sous eau ». L’approche « sous eau » consiste dans le cas des UNGG à remplir d’eau le cœur du réacteur (également appelé « caisson ») afin de bénéficier de l’effet protecteur d’une couche d’eau vis‑à‑vis des risques liés aux rayonnements, mais elle est plus complexe à mettre en œuvre que l’approche « en air ». Compte tenu des difficultés techniques majeures (étanchéité du caisson et traitement de l’eau contaminée), mais également des avancées technologiques apportant d’autres solutions, notamment la téléopération, EDF a finalement retenu un scénario de démantèlement « en air », qui permet de s’affranchir des problématiques liées à l’utilisation de l’eau. Centrale nucléaire de Chinon Réacteurs B1, B2, B3 et B4 en fonctionnement L’ASNR considère que les performances de la centrale nucléaire de Chinon rejoignent l’appréciation générale portée sur les centrales nucléaires d’EDF en matière de sûreté nucléaire, de radioprotection et de protection de l’environnement. Dans le domaine de la sûreté nucléaire, l’ASNR considère que les résultats sur l’année 2025 sont globalement stables par rapport à ceux de 2024. Les performances dans les domaines de la conduite des réacteurs et de la gestion des essais périodiques se sont maintenues à un niveau satisfaisant. Le site a notamment montré une bonne maîtrise de la conduite des installations lors de l’arrivée massives d’algues vertes dans la Loire à la fin de l’été 2025. L’ASNR restera néanmoins vigilante à la prise en compte du retour d’expérience de cet événement par EDF. Si la gestion du risque d’incendie est apparue en progrès, l’appropriation et la préparation des activités par les intervenants doivent être améliorées. Concernant la maintenance des installations, les équipements contrôlés apparaissent en bon état, mais l’ASNR constate un manque de rigueur dans la maîtrise des règles applicables, ainsi que dans les opérations de contrôle et de surveillance des activités. L’ASNR considère que les performances de la centrale nucléaire de Chinon en matière de radioprotection sont en légère baisse. Le taux de contamination des intervenants reste parmi les plus bas des centrales nucléaires d’EDF et le zonage radiologique apparaît maîtrisé. Cependant, des améliorations sont attendues sur la gestion du confinement des matières radioactives et la réalisation des tirs radiographiques, thématiques à l’origine d’événements significatifs déclarés en 2025. Les performances de la centrale nucléaire de Chinon dans le domaine de la protection de l’environnement sont satisfaisantes dans l’ensemble. Le site maîtrise ses rejets et le confinement des substances dangereuses liquides, même si la gestion des registres associés doit être améliorée. La gestion des déchets reste également en retrait, notamment en ce qui concerne le respect des conditions d’entreposage, la traçabilité des opérations, ainsi que la cohérence entre les procédures internes et les pratiques sur le terrain. Le site doit ainsi poursuivre en 2026 les actions visant à traiter et éliminer les déchets issus de la maintenance des réacteurs accumulés depuis plusieurs années. Enfin, des actions correctives sont attendues à court et moyen terme, afin de garantir que les prélèvements réalisés au niveau de la station multi-paramètres aval de la centrale nucléaire de Chinon sont toujours représentatifs des rejets du site. En matière de sécurité au travail, au regard des contrôles qu’elle a menés sur la gestion des installations d’aération et d’assainissement des locaux de travail, sur les équipements électriques, sur les appareils de levage et sur la prévention du risque lié à l’exposition au plomb, l’ASNR considère que les plans d’action mis en place par le site doivent être poursuivis pour corriger les écarts constatés. Réacteurs A1, A2 et A3 en démantèlement La filière UNGG est constituée de six réacteurs, dont les réacteurs de Chinon A1, A2 et A3. Ces réacteurs de première génération fonctionnaient avec de l’uranium naturel comme combustible, utilisaient le graphite comme modérateur, et étaient refroidis au CO2. Au sein de cette filière, on distingue les réacteurs dits « intégrés », dont les échangeurs de chaleur se situent sous le cœur du réacteur à l’intérieur du caisson, et les réacteurs « non intégrés », dont les échangeurs se situent de part et d’autre du caisson du réacteur. Les réacteurs Chinon A1, A2 et A3 sont des réacteurs UNGG « non intégrés ». Ils ont été arrêtés respectivement en 1973, 1985 et 1990. Les réacteurs A1 et A2 ont été partiellement démantelés et transformés en installations d’entreposage de leurs propres matériels (Chinon A1 D et Chinon A2 D). Ces opérations ont été autorisées respectivement par les décrets du 11 octobre 1982 et du 7 février 1991. Chinon A1 D est actuellement démantelé partiellement et est aménagé en musée – le musée de l’Atome – depuis 1986. Chinon A2 D est également démantelé partiellement et abritait jusqu’à la fin de l’année 2022 le GIE Intra (robots et engins destinés à intervenir sur des installations nucléaires accidentées). Le démantèlement complet du réacteur Chinon A3 a été autorisé par le décret du 18 mai 2010, avec un scénario de démantèlement « sous eau ». En mars 2016, EDF a annoncé un changement complet de stratégie de démantèlement de ses réacteurs définitivement à l’arrêt. Dans cette nouvelle stratégie, le scénario de démantèlement prévu pour l’ensemble des caissons de réacteur est un démantèlement « en air »(1) et le caisson de Chinon A2 serait démantelé en premier (voir chapitre 12). Dans ce contexte, l’ASN a analysé les rapports de conclusions du réexamen périodique remis par EDF qui portent sur les six réacteurs UNGG et complétés en réponse à la demande de l’ASN. Au terme de son analyse, l’ASN a indiqué en décembre 2021 n’avoir pas d’objection à la poursuite d’exploitation des INB 133 (réacteur Chinon A1), 153 (réacteur Chinon A2) et 161 (réacteur Chinon A3). L’ASNR vérifiera, dans le cadre de l’instruction des dossiers de démantèlement de ces réacteurs, déposés par EDF fin 2022 et toujours en cours d’instruction, que 52 Rapport de l’ASNR sur l’état de la sûreté nucléaire et de la radioprotection en France en 2025

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