LES ACTIVITÉS NUCLÉAIRES : RAYONNEMENTS IONISANTS ET RISQUES POUR LA SANTÉ ET L’ENVIRONNEMENT Elles ont permis de décrire une relation linéaire, même pour une exposition faible (200 becquerels par mètre cube – Bq/m3) sur une durée de vingt à trente ans. En 2009, l’OMS a recommandé un niveau de référence de 100 Bq/m3, et dans tous les cas de rester en deçà de 300 Bq/m3. La publication 115 de la CIPR a comparé les risques de cancer du poumon observés dans le cadre des études sur les mineurs d’uranium avec ceux observés en population générale et a conclu à une très bonne concordance des risques observés dans ces deux conditions d’exposition au radon. Les recommandations de la CIPR confortent celles émises par l’OMS, qui considère que le radon constitue, loin après le tabac, le deuxième facteur de risque de cancer du poumon. Par ailleurs, pour des expositions au radon égales, le risque de cancer du poumon est beaucoup plus élevé chez les fumeurs : trois quarts des décès par cancer du poumon attribuables au radon surviendraient chez des fumeurs. En France métropolitaine, environ 12 millions de personnes, réparties dans près de 7 000 communes, sont potentiellement exposées à des concentrations élevées en radon. Selon l’Agence nationale de santé publique (2018), le nombre de nouveaux cas de cancer du poumon attribuables au radon en France métropolitaine est estimé à environ 4 000 par an, loin derrière celui dû au tabac (estimé à 46 000 par an). À l’initiative de l’ASN, un plan national d’action pour la gestion du risque lié au radon a été mis en place depuis 2004. Il est périodiquement réactualisé. Le 4e plan a été publié début 2021 et s’achèvera fin 2026 (voir chapitre 3, point 4.2.2). 1.3 Les incertitudes scientifiques et la vigilance Malgré les avancées scientifiques menées dans les domaines de la sûreté nucléaire et de la radioprotection, de nombreuses incertitudes subsistent ; l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR) reste attentive aux résultats des travaux scientifiques en cours, en radiobiologie et en radiopathologie par exemple, ainsi qu’à leurs conséquences possibles en radioprotection, notamment en ce qui concerne la gestion des risques liés aux faibles doses. Parmi ces zones d’incertitudes, on peut citer la radiosensibilité individuelle, les effets en fonction de l’âge, l’existence de signatures (mutations spécifiques de l’ADN) qui pourraient être observées dans des cancers radio‑induits et certaines maladies non cancéreuses observées dans les suites de radiothérapie. 1.3.1 – La réponse individuelle aux rayonnements ionisants Les effets des rayonnements ionisants sur la santé varient d’un individu à l’autre. La variabilité de la radiosensibilité individuelle est observée aux fortes doses de rayonnements ionisants, notamment en matière de réponses tissulaires. Elle a été bien documentée par les radiothérapeutes et les radiobiologistes. Une radiosensibilité à un niveau de dose n’implique pas nécessairement une radiosensibilité à d’autres niveaux de doses. Aux doses faibles et modérées, cette variabilité de la radiosensibilité, à l’échelle cellulaire notamment, est de plus en plus documentée. Les recherches, comme les travaux du Groupe de recherche européen sur les faibles doses (MELODI) et pour le domaine médical (Euramed), se poursuivent sur ce sujet et devront être validées en clinique avant d’être intégrées dans les pratiques médicales. Le groupe de travail (TG111) de la CIPR dédié à ce sujet a publié une revue de l’état des connaissances sur la radiosensibilité individuelle et des possibilités de la prédire en vue d’élaborer des recommandations internationales de radioprotection. Toutefois, à ce stade, aucun biomarqueur valide ne permet cette prédiction. La réponse individuelle aux rayonnements ionisants demeure un sujet important de recherche et d’application en radiobiologie et en radioprotection (Euratom 2021‑2022). 1.3.2 – Les effets des faibles doses La relation linéaire sans seuil La modèle de la relation linéaire sans seuil est utilisé en radioprotection pour estimer la probabilité de risque liée à une exposition à des rayonnements ionisants, en appliquant le principe de précaution. Selon ce modèle, le risque est présent dès qu’une exposition se produit, et il est proportionnel à la dose de rayonnements reçue. Toutefois, de nombreuses incertitudes existent. Certains estiment que les effets des faibles doses pourraient être supérieurs, d’autres pensent que ces faibles doses pourraient n’avoir aucun effet en deçà d’un certain seuil ; certains affirment même que des faibles doses ont un effet bénéfique. La recherche en biologie moléculaire et cellulaire progresse, les études épidémiologiques menées sur des cohortes importantes aussi. La CIPR considère que l’hypothèse de cette relation, retenue pour modéliser l’effet des faibles doses sur la santé (voir point 1.2), constitue une base prudente en radioprotection pour FOCUS N°1 Rôle et principale actualité de la CIPR La Commission internationale de protection radiologique (CIPR) est une organisation inter‑ nationale qui rédige et publie des recommanda‑ tions visant à améliorer la radioprotection des personnes (public, travailleurs, patients) et de l’environnement, dans toutes ses dimensions (évaluation du risque sanitaire, dosimétrie, applications médicales, système de protection). Ses recommandations s’appuient principale‑ ment sur les résultats des travaux de recherche les plus récents et représentent un socle impor‑ tant sur lequel repose la grande majorité des règlementations nationales et internationales en matière de radioprotection. Au-delà des évaluations relatives à des éléments précis de son système de radioprotection, la CIPR publie, à intervalles réguliers, des recommandations générales qui constituent le cadre de ce système. La dernière édition est la Publica‑ tion 103 parue fin 2007 (CIPR 103). En 2021, la CIPR a lancé le chantier de révision de ce document avec un objectif de publication pour le début de la prochaine décennie. Parmi les travaux en cours, un nombre impor‑ tant concerne les effets des rayonnements ionisants, parmi lesquels la clarification de la classification des effets des rayonnements ionisants sur la santé, en particulier les effets non cancérigènes à long terme (ex : maladies cardiovasculaires), la mise à jour du calcul du détriment radiologique (c’est-à-dire la rela‑ tion entre l’exposition et le risque de cancer qui en résulte) et la clarification de la méthode d’évaluation du risque pour les espèces vivantes non-humaines. Une quinzaine d’experts de l’ASNR est impliquée dans ces travaux de révision. 110 Rapport de l’ASNR sur l’état de la sûreté nucléaire et de la radioprotection en France en 2025
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