Rapport de l'ASNR 2025

LES ACTIVITÉS NUCLÉAIRES : RAYONNEMENTS IONISANTS ET RISQUES POUR LA SANTÉ ET L’ENVIRONNEMENT Les cellules peuvent aussi réparer, mais de façon imparfaite ou erronée, les lésions ainsi provoquées. Parmi les lésions qui subsistent, celles de l’ADN revêtent un caractère particulier, car des anomalies résiduelles au niveau des chromosomes peuvent être transmises par divisions cellulaires successives à de nouvelles cellules. Une seule mutation est loin d’être suffisante pour la transformation en cellule cancéreuse, mais cette lésion due aux rayonnements ionisants peut constituer une première étape vers la cancérisation qui apparaît après un temps variable, jusqu’à plusieurs années après l’exposition. La suspicion d’un lien de causalité entre une exposition aux rayonnements ionisants et la survenue d’un cancer remonte à 1902 (observation d’un cancer de la peau sur une radiodermite). On parle alors de « cancer radio‑induit ». Par la suite, plusieurs types de cancer ont été observés en milieu professionnel, dont certains types de leucémie, des cancers bronchopulmonaires et des ostéosarcomes de la mâchoire. Hors du domaine professionnel, le suivi pendant plus de soixante ans d’une cohorte(1) d’environ 85 000 personnes irradiées lors des bombardements nucléaires d’Hiroshima et de Nagasaki (Japon) a permis de réunir des données sur la morbidité et la mortalité par cancer après exposition aux rayonnements ionisants, et de décrire les relations dose‑effets, qui sont à la base de la réglementation actuelle. D’autres travaux épidémiologiques ont permis de mettre en évidence, chez les patients traités par irradiation médicale, une augmentation statistiquement significative des cancers (effets secondaires) imputables aux rayonnements ionisants. Citons également l’accident de la centrale nucléaire de Tchernobyl (Ukraine) qui, du fait de l’iode radioactif rejeté, a provoqué dans les régions proches du lieu de l’accident un excès de cancers de la thyroïde chez des sujets jeunes exposés pendant leur croissance. Les conséquences sanitaires de l’accident de la centrale nucléaire de Fukushima (Japon) pour les populations avoisinantes ont également fait l’objet de travaux et d’analyses, dont certains sont encore en cours, afin d’en tirer les enseignements au plan épidémiologique. Le risque de cancer radio‑induit se caractérise par un accroissement de la probabilité de cancer en fonction de la dose de rayonnements reçus, et dépend également de l’âge et du sexe. On parle alors d’effets probabilistes, stochastiques (dont l’apparition, à la suite d’une exposition, dépend du hasard) ou aléatoires. Toutefois, l’impact des faibles doses sur l’apparition d’un cancer fait l’objet de débats scientifiques (voir point 1.2). Établis au plan international, les objectifs de santé publique de la radioprotection visent à éviter l’apparition des effets déterministes et à réduire la probabilité d’apparition de cancers radio‑induits. 1.2 L’évaluation des risques liés aux rayonnements ionisants En France, la surveillance de l’épidémiologie des cancers est fondée sur des registres de maladies, sur la surveillance des causes de décès et, plus récemment, s’appuie également sur l’exploitation des données du programme médicalisé des systèmes d’information des établissements de santé et sur les déclarations d’affection de longue durée. Les registres sont des structures qui réalisent « un recueil continu et exhaustif de données nominatives intéressant un ou plusieurs événements de santé dans une population géographiquement définie, à des fins de recherche et de santé publique, par une équipe ayant les compétences appropriées ». Certains dits « généraux » s’intéressent à tous les types de cancer, 1. Cohorte : groupe d’individus considérés comme un ensemble et participant à une étude statistique des circonstances d’apparition des maladies. 2. Source : étude Inworks – IRSN, note d’information du 3 octobre 2023 3. Source : étude EPI CT – IRSN 4. Le radon est un gaz radioactif naturel, descendant de l’uranium et du thorium, émetteur de particules alpha et classé cancérigène pulmonaire certain par le Centre international de recherche contre le cancer (CIRC) depuis 1987. leur périmètre est départemental ou interdépartemental ; d’autres, dits « spécialisés », se focalisent sur un cancer particulier. Leur portée est un périmètre géographique variable (agglomération, département, région, voire national). Les trois registres nationaux concernent pour le premier le mésothéliome de la plèvre dans le cadre d’exposition principalement aux fibres d’amiante, les deux autres couvrent l’ensemble des pathologies cancéreuses de l’enfant et de l’adolescent jusqu’à 18 ans (source : INCa). Dans une zone couverte par un registre, l’objectif est de mettre en évidence des différences de répartition spatiale, de dégager des évolutions temporelles en matière d’augmentation ou de diminution du taux d’incidence des différentes localisations cancéreuses, ou encore de repérer un agrégat de cas. En fonction de la qualité de leur base de données populationnelle et de leur ancienneté, certains registres participent à de nombreuses études explorant les facteurs de risque des cancers (dont les risques environnementaux). L’investigation épidémiologique est une tâche complémentaire de la surveillance. Elle a pour vocation de mettre en évidence une association entre un facteur de risque et la survenue d’une maladie, entre une cause possible et un effet, ou tout au moins de permettre d’affirmer que l’existence d’une telle relation causale présente une forte probabilité. La difficulté intrinsèque à mener ces études est à rappeler, de même que la difficulté à conclure de façon convaincante lorsque le délai d’apparition de la maladie est long ou encore lorsque le nombre de cas attendus est faible, ce qui est notamment le cas pour des expositions faibles de quelques dizaines de millisieverts (mSv). Les cohortes comme celles d’Hiroshima et de Nagasaki ont clairement mis en évidence un excès de cancers, pour une exposition moyenne de l’ordre de 200 mSv. En raison de données insuffisantes sur l’impact des faibles doses sur l’apparition d’un cancer, des estimations sont fournies en extrapolant de façon linéaire et sans seuil (voir point 1.3.2) les effets observés décrits aux fortes doses. C’est ce qu’on appelle la relation linéaire sans seuil. Ces modélisations, qui permettent une estimation des risques encourus lors d’une exposition aux faibles doses de rayonnements ionisants, restent cependant controversées au niveau scientifique. Des études sur de très larges populations sont actuellement menées pour mieux caractériser ces risques. Des études épidémiologiques récentes sur des travailleurs de l’industrie du nucléaire(2) et sur des enfants et adolescents exposés à des rayonnements ionisants lors d’examen scanners(3) retrouvent ainsi une augmentation du risque de cancers proportionnelle à la dose reçue qui reste significative, y compris lorsque l’intervalle étudié est restreint à des doses cumulées faibles inférieures à 100 milligrays (mGy), confortant ainsi ce qui jusqu’alors n’était qu’une hypothèse. Ces résultats confirment l’importance des principes d’optimisation et de justification pour la protection radiologique des populations exposées quelle qu’en soit l’origine (rayonnement naturel, exposition médicale, industrie nucléaire, etc.). Sur la base des synthèses scientifiques du Comité scientifique des Nations unies pour l’étude des effets des rayonnements ionisants (UNSCEAR), la CIPR (voir focus n°1) a publié les coefficients de risque de décès par cancer dus aux rayonnements ionisants, soit 4,1 % d’excès de risque par sievert pour les travailleurs et 5,5 % par sievert pour la population générale (voir publication 103 de la CIPR). L’évaluation du risque de cancer du poumon dû au radon(4) repose sur un grand nombre d’études épidémiologiques, réalisées directement dans l’habitat, en France et à l’échelle internationale. Rapport de l’ASNR sur l’état de la sûreté nucléaire et de la radioprotection en France en 2025 109 01 05 09 02 06 10 03 07 11 13 04 08 12 A / Z

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