Rapport de l'ASNR 2025

LES ACTIVITÉS NUCLÉAIRES : RAYONNEMENTS IONISANTS ET RISQUES POUR LA SANTÉ ET L’ENVIRONNEMENT Pour agréer les organismes qui en font la demande, l’ASNR s’assure que ceux‑ci réalisent les contrôles conformément à leurs obligations sur les plans technique, organisationnel et déontologique, et dans les règles de l’art. Le respect de ces dispositions doit permettre d’obtenir et de maintenir le niveau de qualité requis. L’ASNR veille à tirer parti de la mise en place d’un agrément, notamment par des échanges réguliers avec les organismes qu’elle agrée et la remise obligatoire d’un rapport annuel. L’examen de ces rapports permet, d’une part, de s’assurer que les vérifications obligatoires ont bien lieu ; d’autre part, d’interroger les exploitants sur les actions entreprises pour remédier aux éventuelles non‑conformités. En 2023, de nombreux RAN n’avaient pas identifié la nécessité de faire réaliser les vérifications au titre du code de la santé publique par un organisme agréé en radioprotection (OARP). Au cours de l’année 2023, l’ASN a communiqué sur les exigences réglementaires par l’intermédiaire notamment des réseaux PCR et a réalisé une campagne d’information (courrier) ciblant les RAN concernés. Ces actions ont été efficaces. Le nombre de vérifications réalisées au titre du code de la santé publique a doublé dans tous les secteurs en 2024. La répartition par domaine figure dans le tableau 2. Les rapports des vérifications réalisées dans chaque établissement par les organismes agréés pour les vérifications en radioprotection sont à la disposition et examinés par les agents de l’ASNR lors : ∙des renouvellements d’autorisations ou modifications soumises à autorisation de l’ASNR ; ∙des inspections. L’ASNR agrée également des laboratoires pour procéder à des analyses lorsque l’utilisation des résultats requiert un haut niveau de qualité de la mesure. Elle procède ainsi à l’agrément de laboratoires pour la surveillance de la radioactivité dans l’environnement (voir point 5.3). Par ailleurs, l’ASNR agrée, après avis de la sous‑commission permanente chargée du transport de marchandises dangereuses au sein du Conseil supérieur de la prévention des risques technologiques (CSPRT) : ∙les organismes de formation des conducteurs de véhicules effectuant le transport de matières radioactives ; deux organismes sont agréés ; ∙les organismes chargés d’attester la conformité des emballages conçus pour contenir 0,1 kg ou plus d’hexafluorure d’uranium (UF6) ; ∙les organismes chargés de l’homologation de type conteneurs‑ citernes et caisses mobiles citernes destinés au transport de marchandises dangereuses de la classe 7 ; ∙les organismes chargés des contrôles initiaux et périodiques des citernes destinées au transport de marchandises dangereuses de la classe 7. Deux organismes sont agréés pour l’homologation des conteneursciternes et pour l’attestation de conformité des emballages d’UF6. Au 31 décembre 2025 sont agréés ou habilités par l’ASNR : ∙9 organismes chargés des vérifications en radioprotection. Un renouvellement a été délivré au cours de l’année 2025 ; ∙67 organismes chargés du mesurage du radon dans les bâtiments (niveau 1), dont 14 sont également agréés pour identifier les sources et voies d’entrée et de transfert du radon dans les bâtiments (niveau 2). Médical Recherche/ Enseignement Industrie (inclus vétérinaire) Total 213 84 75 372 * Compte tenu des évolutions réglementaires, le nombre de vérifications réalisées s’exprime dorénavant en nombre d’installations vérifiées (et non en nombre de sources). TABLEAU 2 Vérifications de radioprotection réalisées en 2025 par les organismes agréés pour les vérifications des installations(*) FOCUS N°1 Enjeux stratégiques liés à l’usage de l’intelligence artificielle dans les installations nucléaires L’intelligence artificielle (IA) regroupe un ensemble de techniques dont certaines sont utilisées de longue date dans le secteur nucléaire, notamment celles relevant de l’IA dite « symbolique ». En effet, ces techniques, fondées sur des règles explicites, permettent une traça‑ bilité des raisonnements conduits par les systèmes et une explicabi‑ lité des résultats obtenus. Reposant sur des règles et des raisonne‑ ments logiques, ces applications ont été mises en œuvre comme aides à la décision pour le diagnostic du fonctionnement des installations nucléaires, par exemple pour l’identification de pertes de sources électriques, l’analyse de défauts de pompes primaires ou la surveil‑ lance vibratoire des groupes turbo-alternateurs. Depuis quelques années, d’autres approches d’IA, en particulier celles fondées sur l’apprentissage à partir de données, connaissent un essor rapide dans les secteurs industriels, y compris le nucléaire. Si leur usage pour la sûreté reste encore limité, leur déploiement est appelé à s’intensifier. Ces technologies sont aujourd’hui par exemple mobilisées en appui d’activités de maintenance, de surveillance ou encore d’analyse du fonctionnement des installations. Les outils actuellement développés interviennent en complément des organisations existantes et sous contrôle humain. Ils reposent le plus souvent sur des approches hybrides combinant modèles physiques, expertise métier formalisée et analyse de données. À ce stade, ces développements constituent une opportunité d’enrichissement de la détection précoce des défaillances et du maintien de la conformité des installations à leur référentiel de sûreté. Cependant, le passage éventuel vers des systèmes plus autonomes, venant en remplacement des approches historiques, constituerait un enjeu pour la sûreté. En effet, à l’instar de l’introduction par le passé de l’informatique industrielle dans la sûreté nucléaire, le recours croissant à l’IA soulève des questions structurantes : robustesse et justification des résultats, maîtrise de la complexité des systèmes, compréhension de leur comportement en situations dégradées ou non prévues, ainsi que supervision, contrôle, validation et qualification des modèles. Ces enjeux sont particulièrement marqués pour les approches fondées sur l’apprentissage, fortement dépendantes des données, de leur représentativité pour le champ d’application du système et de leur contexte d’utilisation. La qualité, la gouvernance et la représentativité des données apparaissent ainsi comme des facteurs particulièrement clés, notamment pour des événements rares, peu documentés. Par ailleurs, l’intégration de l’IA dans des environnements industriels sensibles renforce les enjeux de cybersécurité et de protection de l’intégrité des systèmes numériques. Dans ce contexte, l’ASNR a engagé le programme « Expertise aug- mentée », visant à la fois à renforcer ses capacités d’expertise par l’usage maîtrisé de l’IA et à anticiper l’évaluation des outils développés demain par les industriels avec de nouvelles techniques d’IA. Dans ce cadre, l’ASNR a déjà développé des systèmes d’expertise innovants conçus comme des aides à l’expertise, sous contrôle des experts. Ces systèmes visent en particulier à mettre en évidence plus aisément les configurations à enjeux de sûreté, sur lesquelles l’expert devra avoir une attention plus particulière. En parallèle, au niveau national, l’ASNR échange avec les industriels sur des thèmes allant du parangonnage sur les méthodes et techniques d’IA à l’élaboration, avec EDF, d’un livre blanc sur l’usage de l’IA en sûreté, dont la diffusion est prévue en 2026. Au niveau international, des échanges sont également menés avec d’autres autorités de sûreté, notamment dans le cadre de groupes de travail dédiés ou de coopérations bilatérales (aux États-Unis la NRC et en Allemagne la GRS), et multilatérales (AIEA, AEN). Cette démarche vise à anticiper les évolutions technologiques, à préparer le cadre réglementaire et à garantir un usage de l’IA compatible avec les exigences élevées de la sûreté nucléaire. Rapport de l’ASNR sur l’état de la sûreté nucléaire et de la radioprotection en France en 2025 149 01 05 09 02 06 10 03 07 11 13 04 08 12 A / Z

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