Rapport de l'ASNR 2025

LES ACTIVITÉS NUCLÉAIRES : RAYONNEMENTS IONISANTS ET RISQUES POUR LA SANTÉ ET L’ENVIRONNEMENT d’accident grave. Le réseau Téléray mesure en permanence le rayonnement gamma ambiant dans l’air au moyen de 481 balises réparties sur l’ensemble du territoire (métropole et outremer) et le réseau Hydrotéléray dispose de sept stations de mesure du rayonnement gamma dans l’eau implantées sur les principaux fleuves français recevant les effluents des installations nucléaires ; ∙les réseaux de stations de prélèvement en continu d’échantillons d’air et d’eau complètent les réseaux Téléray et Hydrotéléray et permettent de connaître avec plus de précision les niveaux de radioactivité dans l’air et dans les cours d’eau et de déceler, le cas échéant, des anomalies de moindre ampleur au travers d’analyses réalisées en laboratoire permettant d’atteindre les limites de détection attendues. L’ASNR dispose dans ce cadre de moyens de prélèvements dans les compartiments atmosphérique et aquatique dans lesquels s’effectuent les rejets des installations déployés à proximité des installations nucléaires. Le réseau OPERA-air est constitué de 52 stations qui prélèvent de manière continue des aérosols atmosphériques sur des filtres qui sont ensuite analysés en laboratoire. Ces stations sont dotées d’un dispositif complémentaire de prélèvement d’iode radioactif gazeux qui serait déclenché en cas d’accident nucléaire. Cette surveillance atmosphérique est complétée par un réseau de 40 dispositifs de prélèvement d’eau de pluie implantés à proximité et à distance des installations nucléaires. Le réseau d’hydrocollecteurs est constitué de 26 stations qui prélèvent l’eau du milieu récepteur des rejets en aval des installations nucléaires ainsi que des matières en suspension, pour mesurer les radionucléides dissous et les radionucléides fixés sur les matières en suspension dans l’eau ; ∙la collecte périodique d’échantillons : en complément de la surveillance permanente réalisée au moyen des réseaux précités, afin d’avoir la capacité d’estimer l’influence du fonctionnement des installations nucléaires sur l’environnement (impact des rejets), la surveillance repose également sur le suivi de bioindicateurs prélevés dans les compartiments terrestre (végétaux, productions agricoles) et aquatique (sédiments, poissons, mollusques) en intégrant également les denrées alimentaires. L’ASNR traite et analyse ces échantillons collectés par ses soins ou qui lui sont adressés par un réseau de préleveurs (exploitants nucléaires, collectivités locales, services de l’État, organismes publics, etc.). Ces échantillons sont prélevés annuellement en plusieurs points du littoral français métropolitain et de l’outremer, en particulier sur les côtes des îles et atolls de Polynésie française. FOCUS N°9 Le projet TRAJECTOIRE : reconstruire et expliquer l’histoire de la contamination des grands bassins versants Tout a commencé en 2015, quand une demande d’expertise approfon‑ die sur les conséquences d’une contamination en plutonium de la Loire survenue au début des années 1980 parvenait à l’IRSN. Dispo‑ sions-nous de données d’observations permettant de répondre aux questionnements ? À défaut, la surveillance des milieux pourrait-elle être « rétroactive » ? Et pourrions-nous l’organiser plus largement afin d’anticiper les demandes et les besoins d’expertise ? En d’autres termes, les empreintes environnementales, telles que celles laissées dans les archivages sédimentaires des fleuves, pourraient-elles nous aider à reconstruire l’histoire de la contamination des fleuves à une époque où les préoccupations environnementales n’étaient pas celles d’aujourd’hui ? Motivés par ces questionnements, les scientifiques de l’ASNR ont élaboré un programme de recherche intitulé TRAJECTOIRE, regroupant un consortium de sept partenaires scientifiques et bientôt approuvé par l’Agence nationale de la recherche (ANR). Le projet a pu commencer dès janvier 2020, avec comme objectif d’établir, dans les grands bassins versants français (Rhône, Loire, Seine, Garonne, Rhin, Meuse, Moselle), les trajectoires des contaminants apportés par l’Homme. Il s’agit d’étu‑ dier leur parcours, depuis leur introduction dans l’environnement, jusqu’à leur présence dans les compartiments environnementaux, au cours du XXe siècle. Cette période a été rythmée à la fois par l’essor technologique et industriel puis par une prise en compte progressive de l’impact de cet essor sur l’environnement. Trois familles de contami‑ nants « emblématiques » ont été étudiés : les radionucléides, les microplastiques et leurs dérivés, et les métaux de haute technologie ou métaux dits « critiques ». Cinq ans après le démarrage du projet, en décembre 2025, les princi‑ paux résultats ont pu être présentés devant une large communauté scientifique lors d’un colloque de restitution finale à l’auditorium ASNR de Fontenay-aux-Roses. Plus de 50 mètres d’archives sédimentaires cumulés ont été extraits en aval de la Loire, du Rhône, du Rhin, de la Seine, de la Garonne, de la Meuse et de la Moselle à partir desquels les trajectoires des concen‑ trations en contaminants ont pu être retracées. Les résultats indiquent qu’à l’échelle de bassins versants, les valeurs des paramètres régissant le transfert depuis les sols jusqu’au cours d’eau du césium-137 (137Cs), un radionucléide d’origine artificielle, apparaissent similaires d’un grand bassin versant à l’autre. Ils consti‑ tuent ainsi des références utiles pour les modèles opérationnels. Les trajectoires temporelles du tritium mettent en évidence des marquages significativement supérieurs aux niveaux enregistrés dans les eaux de pluies (tritium libre) sur la même période. Ces écarts s’ex‑ pliquent par le transfert aux fleuves, via le lessivage des bassins versants, de particules organiques provenant de la dégradation de la biomasse terrestre exposée aux retombées atmosphériques issues des essais nucléaires aériens et, dans le cas de la Seine, du centre CEA de Valduc. Pour le Rhône et le Rhin, les rejets diffus liés à l’industrie horlogère franco-suisse contribuent majoritairement à ces différences. L’analyse du potassium-40 (⁴⁰K), un radionucléide naturel tellurique, a révélé l’empreinte de l’usage des engrais potassiques avec des maxi‑ mums dans les années 1980, en lien avec l’intensification agricole, suivi d’un déclin rapide reflétant une bonne capacité de résilience environ‑ nementale, c’est-à-dire un retour relativement rapide vers l’état initial caractérisant la période antérieure à la contamination. Les résultats relatifs aux microplastiques ne sont pas encore publiés. L’analyse des dérivés plastiques tels que les phtalates montrent néan‑ moins que les concentrations ont augmenté après les années 19501970, avec des variations selon les rivières. Dans la famille des métaux, une revue critique a montré que, dans le bassin versant de la Gironde, la résilience vis-à-vis des contaminants historiques (cadmium, cuivre, plomb, zinc) dépend de la gestion des résidus miniers et des sédiments contaminés. Un modèle d’intelligence artificielle, le HRHN (Hierarchical Attention- Based Recurrent Highway Networks), a été conçu pour prédire les concentrations des contaminants dans les rivières. Testé pour le 137Cs et le ⁴⁰K, le modèle identifie et hiérarchise les variables explicatives (débit minimal, lessivage, dépôts atmosphériques, inventaire dans les sols et rejets industriels) et représente correctement les interactions entre ces variables pour la grande majorité des fleuves français. Il permet aussi de réaliser des projections sur la base de scénarios de changement climatique ou sociétal. Des projections jusqu’en 2100, réalisées sur le Rhône, montrent que, comme attendu, la diminution du débit accentue les concentrations de 137Cs, quel que soit le scénario. Extraction d’une archive sédimentaire sur les berges de la Meuse en aval de la centrale nucléaire de Chooz. Rapport de l’ASNR sur l’état de la sûreté nucléaire et de la radioprotection en France en 2025 171 01 05 09 02 06 10 03 07 11 13 04 08 12 A / Z

RkJQdWJsaXNoZXIy NjQ0NzU=