Rapport de l'ASNR 2025

LES ACTIVITÉS NUCLÉAIRES : RAYONNEMENTS IONISANTS ET RISQUES POUR LA SANTÉ ET L’ENVIRONNEMENT En 2025, l’ASNR a communiqué aux professionnels de santé une fiche « Retour d’expérience » en médecine nucléaire, intitulée « Traitement au 177 LU-PSMA : Atout de la détection systématique de l’extravasation en fin d’injection » et préparé une fiche dans le domaine de la radiologie conventionnelle à la suite du signalement d’un ESR portant sur une cohorte pédiatrique. Ces travaux sont menés dans le cadre du GT « Retour d’expérience en imagerie ». Par ailleurs, l’ASNR a publié deux fiches « Retour d’expérience » sur la sécurisation des traitements en radiothérapie : la première porte sur l’identitovigilance et la seconde sur la prévention des erreurs de latéralité. Ces deux fiches ont été publiées début 2025, dans le cadre du GT « Retour d’expérience en radiothérapie ». 3 – Synthèse et perspectives L’ASNR considère, sur la base des inspections conduites en 2025 et d’une analyse faite sur la période permettant de couvrir l’ensemble du parc des installations à enjeux, que l’état de la radioprotection dans le domaine médical se maintient à un niveau satisfaisant relativement comparable aux années précédentes, voire progresse sur certains aspects, notamment pour les pratiques interventionnelles radioguidées (PIR). Ce constat doit toutefois être nuancé en raison, d’une part, de fragilités récurrentes constatées sur l’ensemble des domaines (radiothérapie, curiethérapie, médecine nucléaire, PIR et radiologie conventionnelle) et, d’autre part, de la survenue dans certains établissements d’événements significatifs de radioprotection (ESR) témoignant d’un manque de culture de radioprotection, qu’il s’agisse d’événements qui persistent en 2025 (erreurs de latéralité ou de cible en radiothérapie, mauvais étalonnage des activimètres en médecine nucléaire, etc.) ou d’événements non constatés jusqu’alors impliquant des cohortes de patients, dont des cohortes pédiatriques, ayant reçu des doses significativement supérieures à celles attendues en radiologie conventionnelle et interventionnelle. L’ASNR attire l’attention sur le fait que les signaux identifiés ces dernières années, rappelés ci‑après, conduisent à un risque de dégradation de la culture de radioprotection. Ils sont identifiés comme facteur contributif dans la survenue d’ESR et relevés en inspection comme des éléments explicatifs d’une moins bonne conformité réglementaire : ∙un constat généralisé de ressources amoindries avec des tensions toujours constatées dans les effectifs de MERM, praticiens médicaux, physiciens médicaux ; ∙le recours, en imagerie, à des prestations externalisées pour assurer des missions de PCR et de physique médicale susceptible de conduire à une perte de compétence en radioprotection au sein des établissements et à un manque de disponibilités pour mettre en œuvre les exigences réglementaires de radioprotection (formation, vérifications, etc.) ; ∙la complexification des organisations, avec des mutualisations de moyens et le risque de dilution des responsabilités, dans un contexte de réformes des autorisations de soins et de restructurations de centres. Ces constats s’inscrivent de surcroît dans un contexte d’accé- lération majeure des innovations médicales utilisant les rayonnements ionisants et le développement de nouvelles pratiques, comme par exemple le recours à la téléradiologie. La progression constante de la téléradiologie impose des contraintes techniques et organisationnelles liées à ce mode d’organisation sous‑estimées par les établissements (problèmes de communication, interface des logiciels) : l’ASNR a publié en 2025 les enseignements issus d’une étude qu’elle a conduite sur ce sujet. La radiothérapie interne vectorisée (RIV) connaît également une forte expansion, notamment avec l’essor d’essais cliniques avec de nouveaux radionucléides ; compte tenu des activités radiologiques élevées engagées, les enjeux sont particulièrement importants pour les patients, les travailleurs et l’environnement. La radiothérapie poursuit le développement de la radiothérapie adaptative et explore également l’effet FLASH, promettant des traitements beaucoup plus rapides mais soulevant de nombreuses questions ; un avis du Canpri a été remis à l’ASNR fin 2025. S’agissant des pratiques interventionnelles radioguidées, la diversité croissante des actes illustre la complexité des techniques. Enfin, l’utilisation de l’IA progresse dans tous les domaines des applications médicales utilisant les rayonnements ionisants, sans que les nouveaux outils utilisés ne soient correctement maîtrisés ou validés. Cette dynamique d’innovation suscite de grands espoirs pour les patients et permet d’assurer une continuité des soins, mais représente un défi pour la radioprotection, nécessitant plus de connaissances, de données et d’infrastructures adaptées. C’est pourquoi l’ASNR rappelle la nécessité d’évaluer l’impact de ces évolutions sur les organisations et le travail des intervenants, et de définir précisément les rôles et responsabilités de l’ensemble des acteurs afin que les exigences de radioprotection soient respectées. Les ESR déclarés en 2025 impliquant des cohortes de patients, y compris pédiatriques, en radiologie conventionnelle et interventionnelle, constituent un fait marquant pour l’année 2025 (voir Faits marquants en introduction de ce rapport). Ils témoignent d’un manque de traçabilité et de suivi des doses, ainsi que d’appropriation du principe d’optimisation et ceci dès la phase d’installation des appareils. Ils illustrent le besoin d’une meilleure formation des professionnels, notamment au travers des processus d’habilitation, et d’une plus grande rigueur dans l’analyse des contrôles de qualité des dispositifs médicaux. Enfin, le retour d’expérience de ces ESR souligne l’intérêt de connecter les appareils de radiologie à un système d’archivage et de communication de la dose (DACS) pour faciliter l’exploitation des doses, et d’examiner le besoin de renforcement des obligations réglementaires pour les activités où ces systèmes ne sont pas actuellement requis. En radiothérapie, dans un contexte de complexité croissante et d’innovations rapides, l’ASNR a actualisé ses orientations d’inspection et a lancé en 2025 son nouveau programme d’inspection quadriennal pour la période 2025-2028. Les inspections menées par l’ASNR en 2025, confirment que les principaux fondamentaux de la sécurité en radiothérapie sont en place (organisation de la physique médicale, contrôle des équipements, formation), et les démarches de gestion de la qualité et de gestion des risques matures. Toutefois, des difficultés persistent dans le maintien des démarches de retour d’expérience, avec une diminution des réunions de comités dédiés, des analyses d’ESR moins approfondies et des lacunes dans l’évaluation de l’efficacité des actions correctives. Par ailleurs, les analyses de risque a priori restent souvent insuffisamment mises à jour, tant en amont de changements organisationnels ou techniques, qu’à la suite du retour d’expérience des événements. Le nombre d’ESR, après une baisse régulière depuis 2015, repart légèrement à la hausse. Ceux classés niveau 2 sur l’échelle ASN-SFRO augmentent également, sans qu’il soit à ce stade possible d’en déduire des évolutions sur le plan de l’état de la radioprotection. Enfin, la persistance d’erreurs de cibles (en particulier erreur de latéralité, délinéation ou de positionnement), la multiplication des traitements simultanés de plusieurs localisations, de traitements dans un contexte de ré‑irradiations, soulignent la nécessité pour les centres d’évaluer régulièrement les barrières mises en place en tirant davantage partie du retour d’expérience dressé au niveau national. Face à une innovation de plus en plus dynamique, en particulier dans le domaine de l’IA, l’ASNR souligne la nécessité d’anticiper le déploiement des nouvelles techniques car elles posent des défis techniques, humains et organisationnels et les règles de sécurité mises en place peuvent être fragilisées ou devenir obsolètes. L’ASNR examinera en 2026 l’avis du Canpri sur la thérapie FLASH qui lui a été remis en décembre 2025. Rapport de l’ASNR sur l’état de la sûreté nucléaire et de la radioprotection en France en 2025 233 01 05 09 02 06 10 03 07 11 13 04 08 12 A / Z

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