LES ACTIVITÉS NUCLÉAIRES : RAYONNEMENTS IONISANTS ET RISQUES POUR LA SANTÉ ET L’ENVIRONNEMENT En curiethérapie, les inspections réalisées en 2025 dans près d’un quart des services, mises en perspective de celles réalisées durant la période 2022-2025, confirment une bonne prise en compte des règles de radioprotection. En particulier les inspections montrent en 2025 une progression dans l’appropriation des systèmes de gestion de la qualité. Les ESR déclarés soulignent toutefois la nécessité de mieux maîtriser les procédures de gestion et de traçabilité des applicateurs en curiethérapie. Le respect des exigences relatives à la protection des sources de haute activité contre la malveillance s’améliore progressivement, en particulier s’agissant de la mise en place d’une politique de protection, des mesures permettant d’empêcher l’accès non autorisé à ces sources, et de l’identification et la maîtrise des informations sensibles. Certains centres font toujours face à des difficultés de mise en conformité lorsque cette dernière requiert la réalisation de travaux importants. Enfin, le maintien même de l’activité de curiethérapie représente un défi majeur pour les années à venir, en raison des ressources et compétences spécifiques requises, ainsi que des difficultés persistantes de recrutement auxquelles sont confrontés les centres, mettant en lumière la nécessité d’une mobilisation collective pour préserver cette expertise essentielle. En médecine nucléaire, les inspections menées en 2025 montrent une situation satisfaisante bien que contrastée. La radioprotection des travailleurs est globalement bien maîtrisée, mais des faiblesses persistent concernant les vérifications des équipements et la gestion des interventions de personnels extérieurs. Le suivi dosimétrique reste également satisfaisant et doit faire l’objet d’une attention particulière face à l’émergence de nouvelles pratiques, tout comme l’habilitation des professionnels qui est encore perfectible. Les inspections confirment la nécessité de renforcer le respect des règles sur la gestion des effluents et des déchets, en particulier avec l’apparition de nouveaux radiopharmaceutiques pouvant déclencher les portiques de détection des sites de traitement des déchets lorsque la gestion de ces derniers n’est pas maîtrisée. Du côté des patients, l’optimisation des doses et l’analyse des NRD se sont améliorées, mais la mise en œuvre des systèmes de gestion de la qualité reste hétérogène. Les événements signalés (ESR) montrent des défaillances persistantes dans la préparation et l’administration des médicaments, souvent liées à l’identitovigilance ou à l’utilisation incorrecte de l’activimètre, nécessitant des formations et évaluations régulières. La prévention du risque d’extravasation doit également être renforcée, notamment pour les traitements de RIV. L’augmentation des essais cliniques utilisant de nouveaux radionucléides soulève des enjeux spécifiques de radioprotection non seulement pour le patient et son entourage, mais également pour les professionnels, le public et l’environnement, soulignant la nécessité d’avoir une vision d’ensemble de ces sujets et d’accompagner ces évolutions. L’engagement et la collaboration de toutes les parties prenantes : agences de contrôle, fabricants, promoteurs, investigateurs, prestataires de soins ainsi qu’associations professionnelles, est indispensable pour permettre le développement de l’innovation dans un cadre sécurisé et ceci au bénéfice des patients. Dès la fin 2025, l’ASNR a adapté son processus d’autorisation afin de faciliter l’intégration des centres dans des essais cliniques. Elle prendra position en 2026 sur la base d’un avis du GPRP dressant des recommandations pour améliorer la radioprotection dans le cadre des essais cliniques avec recours à des radionucléides. Dans le domaine des PIR, les inspections réalisées montrent une situation qui progresse du point de vue de la radioprotection avec toujours une disparité dans les résultats entre les services d’imagerie interventionnelle et les blocs opératoires qui restent moins performants. La mise en conformité des locaux progresse lentement, malgré des vérifications techniques, la désignation des conseillers en radioprotection (CRP) et les contrôles qualité des dispositifs médicaux qui sont jugés satisfaisants. La formation à la radioprotection et la coordination des mesures de prévention lors de coactivité restent insuffisantes, notamment pour les praticiens libéraux, souvent moins au fait des exigences réglementaires qui leur incombent en tant qu’employeur. Le recours croissant à des organismes externes pour assurer les fonctions de conseillers en radioprotection (CRP) ou de physiciens médicaux, également constaté en 2025, peut fragiliser la culture de radioprotection lorsque cette prestation est insuffisamment maitrisée avec une dilution des responsabilités et des pertes de compétence interne en radioprotection. Si la formalisation des POPM progresse, l’optimisation des doses présente encore des lacunes, surtout au bloc opératoire, avec des protocoles parfois absents ou inadaptés et des analyses de doses insuffisantes. La culture de déclaration des événements indésirables s’améliore grâce à la mise en place de systèmes d’enregistrement des événements. Toutefois les ESR déclarés en 2025 concernant des cohortes de patients, illustrent le besoin de faire progresser la culture de radioprotection avec un suivi et une analyse systématique des indicateurs dosimétriques individuels et cumulés, et la nécessité de mettre en place un dispositif de suivi post-exposition des patients en fonction des niveaux de doses observés. S’agissant des professionnels, les dépassements de valeur limite de doses, l’un aux mains, l’autre au cristallin, soulignent à nouveau les enjeux de radioprotection dans ce domaine et la nécessité d’actualiser régulièrement les évaluations dosimétriques individuelles et d’optimiser les pratiques. La campagne d’inspections des cabinets dentaires disposant d’un Tomographe volumique à faisceau conique (CBCT), couplée aux résultats de l’analyse des grilles d’auto-évaluation, met en évidence des insuffisances dans la traçabilité des actes (rédaction des comptes rendus avec les informations dosimétriques, formalisation des procédures par type d’actes), l’optimisation des doses (connaissances des paramètres d’optimisation tels que taille du champ d’exploration (FOV) et taille des voxels, analyse et transmission des relevés dosimétriques), ainsi que la réalisation des vérifications initiales des équipements avant la première utilisation. L’ASNR poursuivra en 2025 ses inspections dans les secteurs prioritaires que sont la radiothérapie, la radiochirurgie, la médecine nucléaire, les PIR et la scanographie. En radiothérapie, ces inspections s’inscrivent dans le cadre du nouveau programme d’inspection quadriennal qui a été diffusé à l’ensemble des acteurs en 2025. Comme en 2025, des inspections spécifiques sur le processus d’étalonnage des accélérateurs seront effectuées. En médecine nucléaire, les enjeux de radioprotection, notamment pour les services menant des essais cliniques, feront l’objet d’une attention particulière. Les besoins d’augmentation des capacités des services pour le diagnostic (TEP) et pour la RIV, qui a des conséquences sur l’aménagement des services, fera également l’objet d’une attention particulière dans les années à venir. En PIR, le retour d’expérience des ESR sera pris en compte, et les modalités d’information des personnes exposées avant la réalisation des actes d’imagerie médicale, d’élaboration des comptes rendus d’acte et de définition des critères et conditions de suivi des personnes exposées, seront plus particulièrement examinées (article 8 de la décision n° 2023-DC-0660 de l’ASN). Par ailleurs, l’ASNR poursuivra des inspections ciblées auprès des praticiens libéraux ayant la qualité d’employeur. Tirant les enseignements des ESR déclarés en 2025, l’ASNR déploiera une campagne spécifique d’inspections en radiologie conventionnelle pour les centres qui réalisent des examens pédiatriques. Une grille d’auto-évaluation sera mise à disposition des responsables d’activité nucléaire afin qu’ils puissent évaluer leur conformité réglementaire et la mise en œuvre de leur démarche d’optimisation. L’ASNR engagera également des travaux avec les sociétés savantes afin d’élaborer une échelle de communication pour les événements déclarés en imagerie et médecine nucléaire, à l’instar de l’échelle ASN-SFRO existante pour la radiothérapie. Ces événements soulignent également la nécessité d’actualiser le plan national de maîtrise des doses en imagerie. 234 Rapport de l’ASNR sur l’état de la sûreté nucléaire et de la radioprotection en France en 2025
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