LES ACTIVITÉS NUCLÉAIRES : RAYONNEMENTS IONISANTS ET RISQUES POUR LA SANTÉ ET L’ENVIRONNEMENT incidentelles. L’ASNR reste donc très vigilante sur ce point, qui fait l’objet d’un contrôle systématique lors des inspections réalisées sur les chantiers. Des sanctions pénales ont par ailleurs déjà été proposées en cas de manquements graves. La récurrence des écarts observés depuis plusieurs années sur la mise en place et la signalisation de la zone d’opération a amené l’ASN à adresser, en 2021, un courrier circulaire à l’ensemble de la profession, lui demandant notamment de renforcer sa vigilance sur ce point ; ce courrier reste pleinement d’actualité. L’ASNR rappelle également que, dans le cas de la gammagraphie, l’approche du projecteur avec un appareil de mesure, afin de s’assurer que la source radioactive est bien en position de sécurité dans celui‑ci, est indispensable. Il est encore trop souvent constaté (dans plus d’une inspection sur quatre réalisée sur des chantiers) que ce contrôle n’est pas réalisé ou qu’il n’est pas fait jusqu’au nez du projecteur (raccord entre le projecteur et la gaine d’éjection), ce qui pourrait entraîner des expositions importantes des opérateurs en cas de défaillance matérielle. Par ailleurs, si le véhicule ayant transporté le gammagraphe est généralement bien équipé des signalisations requises (1 seul écart relevé) et que son chauffeur est bien à jour de sa formation relative aux transports de matière dangereuses de classe 7 (aucun écart relevé), l’ASNR constate encore trop régulièrement que le lot de bord (extincteur, moyens de signalisation en cas d’accident, etc.) devant équiper le véhicule n’est pas complet (dans près d’une inspection sur cinq) et que le colis de transport n’est pas complet ou correctement signalé (dans plus d’une inspection sur quatre). Un effort conséquent reste toujours à mener par les entreprises pour définir un programme exhaustif des vérifications exigées par le code du travail et le mettre correctement en œuvre (écarts relevés dans près d’une inspection sur trois), mais aussi pour corriger les non‑conformités relevées à l’occasion de ces vérifications et assurer la traçabilité des corrections apportées (écarts relevés dans plus d’une inspection concernée par une non-conformité sur quatre). L’ASNR constate également que la qualité des dossiers techniques qu’elle est amenée à instruire, dans le cadre de la préparation ou des suites d’inspections et lors des demandes d’autorisation qui lui sont adressées, est hétérogène. Les entreprises doivent notamment être plus vigilantes sur les rapports établissant la conformité de leurs installations aux référentiels techniques appropriés. L’ASNR relève encore trop souvent des erreurs, notamment lorsque la réalisation de ces rapports a été sous‑traitée, erreurs conduisant parfois à des non‑conformités, même si peu d’écarts sont constatés lors des inspections concernant les éléments du système de sécurité, de signalisation et d’alarme. L’ASNR juge les risques d’incidents et les doses reçues par les travailleurs globalement bien maîtrisés par les entreprises, lorsque cette activité est réalisée dans une installation conforme à la réglementation applicable. La France offre un bon maillage d’installations fixes de radiographie industrielle, malgré certaines disparités régionales. En effet, il y a en 2025 : ∙90 installations de gammagraphie autorisées (38 installations de gammagraphie et 52 installations mixtes, c’est‑à‑dire pouvant accueillir soit des gammagraphes, soit des appareils électriques émettant des rayonnements X ou des accélérateurs de particules) ; ∙520 installations de radiographie par rayonnements X autorisées (460 installations mettant en œuvre des appareils électriques émettant des rayonnements X, 52 installations mixtes et 8 installations mettant en œuvre des accélérateurs de particules). Ce maillage permet ainsi à 83 % des professionnels de proposer des prestations de radiographie industrielle en installation (54 % pour la gammagraphie). Malgré la disponibilité des installations, l’ASNR constate encore trop souvent que des pièces radiographiées au cours de chantiers pourraient être aisément déplacées dans une installation. Outre l’optimisation des doses pour les travailleurs, le risque d’indisponibilité (qui se compte en jours) du lieu du chantier, du fait de la mise en place d’une zone d’exclusion, en cas d’incident empêchant le retour de la source radioactive d’un gammagraphe en position de sécurité, serait alors éliminé. Par ailleurs, l’ASNR observe que la réduction constatée du nombre d’établissements prestataires de gammagraphie sur chantiers ces dernières années et dans certaines régions (pour des raisons économiques de regroupement, ou pour limiter le nombre de locaux à mettre en conformité vis-à-vis des exigences de sécurité des sources) augmente les contraintes opérationnelles, par exemple avec des temps de transports accrus, ce qui peut avoir des conséquences préjudiciables sur la bonne réalisation des contrôles. L’ASNR estime que les donneurs d’ordre ont un rôle primordial à jouer pour faire progresser la radioprotection dans le domaine de la radiographie industrielle, en privilégiant les prestations de radiographie industrielle dans une installation, voire en ayant recours à des technologies alternatives. En effet, pour l’application des principes de justification et d’optimisation, les réflexions engagées sur le long terme par les professionnels du contrôle non destructif ont abouti à l’élaboration de guides ayant pour but de promouvoir l’utilisation de méthodes de substitution à la radiographie industrielle. Les travaux se poursuivent au sein des instances professionnelles, en particulier par l’évolution des codes de construction et de maintenance des équipements industriels, afin de privilégier l’utilisation de méthodes de contrôle non ionisantes. La sensibilisation de l’ensemble des acteurs constitue donc une priorité d’action. Les démarches régionales visant à établir des chartes de bonnes pratiques en radiographie industrielle, mises en œuvre depuis plusieurs années sous l’impulsion de l’ASN et de l’inspection du travail, notamment dans les territoires correspondant aux (anciennes) régions Provence‑Alpes‑Côte d’Azur, Normandie, Auvergne‑Rhône‑Alpes, Nord‑Pas‑de‑Calais, Bretagne et Pays de la Loire, permettent des échanges réguliers entre les différents acteurs. Les divisions de l’ASNR et les autres administrations régionales concernées organisent également régulièrement des colloques de sensibilisation et d’échanges au niveau régional, pour lesquels les acteurs de cette branche professionnelle manifestent un réel intérêt. Enfin, en 2025, contrairement aux années précédentes, des expositions anormales, voire dans un cas, une surexposition d’opérateurs de radiographie industrielle, ont été déclarées à l’ASNR. Ainsi, un opérateur de gammagraphie a été exposé (1,5 millisieverts – mSv – pour le corps entier et 3,7 mSv à la main) en pénétrant dans une zone d’opération alors que la source n’était pas en position de sécurité dans le projecteur. Deux opérateurs français en intervention de radiographie par rayonnements X en Belgique, ont également été exposés (respectivement 9,7 mSv et 0,8 mSv pour le corps entier, et 120 mSv estimés en dose extrémités pour chacun des opérateurs) en pénétrant dans une zone d’opération alors que l’appareil électrique émettant des rayonnements X n’était pas arrêté. Bien que ces deux événements soient distincts, ils ont néanmoins deux causes communes : la signalisation de la zone d’opération, qui a été insuffisante dans le premier cas et non vue dans le second, et l’utilisation de l’instrumentation de radioprotection, qui a été absente dans le premier cas (dosimètre opérationnel et radiamètre non utilisés bien que disponibles) et insuffisante et inappropriée dans le second (un seul opérateur équipé d’un dosimètre opérationnel mais à plage de mesure inadaptée et radiamètre disponible mais non utilisé). L’événement ayant impliqué des salariés de la même entreprise (mais d’établissements différents), une attention particulière est portée par l’ASNR sur l’identification de potentiels facteurs organisationnels et humains contributifs à la survenue de ces événements et à ce que l’entreprise mette bien en œuvre le plan d’actions national qu’elle a présenté afin d’éviter toute nouvelle occurrence. En revanche, même si plusieurs événements significatifs liés à la perte de contrôle de la source (« blocage de source ») lors 256 Rapport de l’ASNR sur l’état de la sûreté nucléaire et de la radioprotection en France en 2025
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