Rapport de l'ASNR 2025

LES ACTIVITÉS NUCLÉAIRES : RAYONNEMENTS IONISANTS ET RISQUES POUR LA SANTÉ ET L’ENVIRONNEMENT Du fait de l’activité des sources et du déplacement de la source hors du conteneur de stockage pendant l’utilisation de l’appareil, la gammagraphie peut présenter des risques importants pour les opérateurs en cas de mauvaise manipulation, de non‑respect des règles de radioprotection ou d’incidents de fonctionnement. Par ailleurs, elle est fréquemment menée en conditions de chantier dans des circonstances difficiles (travail de nuit, lieu de travail exposé aux intempéries ou exigu, etc.). À ce titre, il s’agit donc d’une activité à fort enjeu de radioprotection, qui figure parmi les priorités de contrôle de l’ASNR. La radiographie industrielle par rayonnements X Les appareils de radiographie industrielle par rayonnements X sont très variés, allant d’appareils fixes (intégrés dans une installation de taille très variable) à des appareils mobiles qui peuvent être utilisés aussi bien en conditions de chantier qu’en installation. En application du principe d’optimisation, ils doivent se substituer aux appareils de gammagraphie, lorsque les conditions de mise en œuvre le permettent, car leur utilisation permet d’éviter l’utilisation d’une source radioactive. En dehors du contrôle non destructif, ces appareils peuvent aussi être utilisés pour des emplois plus spécifiques, et donc plus rares, tels que la réalisation de radiographies en vue de la restauration d’instruments de musique ou de tableaux, l’étude de momies en archéologie ou l’analyse de fossiles. 3.1.2 – L’évaluation de l’état de la radioprotection Les activités de radiographie industrielle représentent de forts enjeux et constituent depuis plusieurs années une priorité d’inspection pour l’ASNR. En 2025, l’ASNR a mené 128 inspections sur ce thème, en légère diminution par rapport à l’exercice 2024 (149 inspections). Parmi ces inspections, 51 ont été réalisées de manière inopinée lors de chantiers qui se déroulent de nuit, le cas échéant. Le système de télédéclaration des plannings de chantier pour les entreprises prestataires en radiographie industrielle, mis en place par l’ASN en 2014, permet de faciliter l’organisation de ces contrôles. L’ASNR note que la quasi‑totalité des entreprises concernées l’utilise couramment pour déclarer leurs chantiers. Cependant, la fiabilité des informations transmises est encore hétérogène. Les points d’amélioration portent notamment sur : ∙la mise à jour des plannings lorsque ceux‑ci sont modifiés ou annulés ; ∙l’exactitude des informations de localisation du chantier (à ne pas confondre avec l’adresse de l’entreprise donneuse d’ordre) ; ∙l’exhaustivité de déclaration des chantiers ; ∙l’identification de l’appareil utilisé lors du chantier (appareil de gammagraphie ou à rayonnements X). Exigences majoritairement respectées L’ASNR constate que les entreprises ont, dans leur grande majorité, maintenu la rigueur nécessaire pour respecter les obligations réglementaires relatives à la désignation d’un conseiller en radioprotection (1 % d’écart relevé), au suivi dosimétrique des travailleurs (4 % d’écarts relevés) et à la délimitation radiologique de leurs installations (environ 20 % d’écarts relevés en légère augmentation par rapport à 2024 pour ce dernier point). Par ailleurs, les inspecteurs ont constaté que la fréquence réglementaire de la maintenance des appareils de gammagraphie est généralement respectée (3 % d’écarts relevés pour les projecteurs, 6% pour les accessoires). De même, les opérateurs contrôlés par l’ASNR disposaient tous à une exception près, lorsque cela était nécessaire, du certificat d’aptitude à manipuler les appareils de radiologie industrielle (CAMARI) prévu par l’article R. 4451‑61 du code du travail (seul un écart relevé, concernant une utilisation dans une installation). L’ASNR rappelle qu’à compter du 1er juillet 2027 conformément aux nouveaux articles R. 4451-62 et R. 4451-63 du code du travail, la mise en œuvre, dans une zone d’opération, d’un appareil de radiologie industrielle contenant une ou plusieurs sources scellées de haute activité nécessitera au moins deux salariés de l’entreprise détentrice disposant du CAMARI (voir point 5). Les inspecteurs ont également relevé que les efforts déployés par les entreprises pour assurer la formation des travailleurs classés nouvellement arrivés avaient été maintenus. Ainsi, en 2025, cette information a été correctement dispensée auprès des nouveaux arrivants, dans 94 % des établissements concernés inspectés. Par ailleurs, si aucune inspection n’a révélé d’écart concernant le respect de l’autorisation délivrée par l’ASNR en matière de radionucléide ou d’activité maximale détenus, les entreprises doivent toutefois être plus rigoureuses afin d’assurer la concordance de leur inventaire des sources radioactives scellées détenues avec l’inventaire national tenu par l’ASNR (10 % d’écarts relevés). Axes d’amélioration relevés Malgré une légère amélioration depuis 2023, l’ASNR juge toujours préoccupants les écarts observés en matière de signalisation de la zone d’opération lors des chantiers (observés lors d’une inspection sur cinq). De plus et dans les mêmes proportions, la signalisation lumineuse spécifique à la gammagraphie n’était pas présente. L’ASNR souligne que le manque de préparation et de coopération, en amont des chantiers, entre les donneurs d’ordre et les entreprises de radiographie est une des causes de ces écarts. Ainsi, dans près de la moitié des inspections, des écarts concernant le plan de prévention ont été constatés (notamment absence de plan, plan non connu des opérateurs ou non disponible sur le lieu du chantier, contenu insuffisant). L’ASNR rappelle que le balisage doit être posé avant le début du chantier, donc, en tout état de cause, avant d’avoir installé le matériel de radiographie, qu’il doit être continu et que des signaux lumineux en nombre suffisant sont indispensables. Pour s’assurer que la valeur réglementaire de dose efficace intégrée sur une heure soit respectée en limite de balisage, il est essentiel que les opérateurs disposent des outils nécessaires pour vérifier que le débit d’équivalent de dose à l’extérieur de la zone d’opération est celui attendu (écarts constatés dans une inspection sur cinq), notamment en réalisant, avec un instrument de mesure fonctionnel et ayant fait l’objet d’une vérification de son étalonnage (écarts constatés dans une inspection sur dix), une ou plusieurs mesures et en enregistrant les résultats obtenus. La délimitation de la zone d’opération et son balisage constituent en effet la principale barrière de sécurité en conditions de chantier, en particulier pour prévenir les expositions FOCUS N°8 La perte de contrôle de la source en gammagraphie La perte de contrôle de la source (« blocage de source ») est l’une des principales causes d’accidents dans le domaine de la gammagraphie. Elle peut conduire à de fortes expositions des travailleurs se trouvant à proximité, voire du public en cas de travaux en zone urbaine. Cette perte de contrôle se rencontre principalement dans deux situations : • la source radioactive reste bloquée dans la gaine d’éjection. L’origine du blocage est souvent liée à la présence de corps étrangers dans la gaine ou à une dégradation de celle‑ci ; • l’obturation à l’avant du projecteur n’est pas complète, en raison soit de la présence de corps étrangers dans le canal empêchant la rentrée complète de la source, soit de la rupture du doigt obturateur. En France, les gammagraphes répondent à des prescriptions tech‑ niques plus strictes que les standards internationaux. Toutefois, les défaillances de matériel ne peuvent pas être écartées notamment en cas de mauvais entretien des appareils. Ces dernières années, de mauvaises manipulations ont parfois également été observées à la suite d’incidents de « blocage de sources ». Rapport de l’ASNR sur l’état de la sûreté nucléaire et de la radioprotection en France en 2025 255 01 05 09 02 06 10 03 07 11 13 04 08 12 A / Z

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