Rapport de l'ASNR 2025

PÉRENNISER LES USINES DU COMBUSTIBLE De l’extraction du minerai d’uranium au retraitement des combustibles usés et au stockage des déchets radioactifs, la chaîne industrielle du combustible est composée de nombreuses installations nucléaires dont chacune est souvent unique. La défaillance d’un maillon peut considérablement perturber cette chaîne. Le choix du Gouvernement de poursuivre la politique de retraitement dans le nouveau programme nucléaire implique, d’une part, d’engager un programme d’ensemble de renforcement de la résilience des usines existantes et de prolongation de leur exploitation et, d’autre part, de préparer le renouvellement des outils de production pour faire face aux besoins de long terme. Après plusieurs années de difficultés, l’année 2025 a vu le redressement de la production de l’usine Melox, unique usine française de production de combustible MOX (Mélanges d’OXydes), ce qui contribue à maîtriser le risque de saturation des piscines des usines de retraitement. En l’état actuel des flux, ces piscines seront saturées à l’horizon 2040, avec des marges de capacité d’entreposage qui demeureront faibles jusqu’à l’entrée en service des nouvelles piscines prévues sur le site de La Hague, qui desserviront à terme l’usine de retraitement du projet « Aval du futur » d’Orano. Le projet « Aval du futur » est structurant pour la robustesse de la chaîne industrielle française des combustibles. Une organisation projet s’est mise en place chez Orano et au sein de l’ASNR, afin d’assurer une instruction fluide des dossiers à venir, à commencer par les premiers dossiers relatifs aux options de sûreté attendus dès 2026, ainsi que des standards de conception qui les accompagneront et qui devront faire référence pour l’ensemble du programme. En parallèle, l’instruction des réexamens périodiques mais aussi des opérations de jouvence et de pérennisation des usines existantes, dit projet « Pérennité – Résilience », monte en puissance. SANCTUARISER DES RESSOURCES HUMAINES ET FINANCIÈRES POUR FAIRE FACE AUX CHARGES PATRIMONIALES À l’heure de la « relance du nucléaire », l’attention à porter aux installations plus anciennes, qu’elles soient toujours en fonctionnement ou arrêtées, ne doit pas faiblir, en particulier en phase de démantèlement. En effet, les démantèlements sont des chantiers longs, et leur préparation elle-même prend également beaucoup de temps, pour concevoir des opérations qui n’avaient pas été pensées à la conception des installations les plus anciennes, ou trouver des solutions pour faire face aux passifs identifiés lors des états des lieux : reprise de déchets, contaminations ou pollutions. In fine, les démantèlements mobilisent donc des moyens financiers substantiels mais aussi des ressources d’ingénierie importantes, et parfois des moyens lourds d’intervention. Malgré des efforts de hiérarchisation et de priorisation de la part des exploitants concernés, l’ASNR constate que, faute de ressources suffisantes, de nombreux démantèlements sont retardés, ce qui augmente la charge patrimoniale associée, mais aussi les risques pour l’environnement et les personnes, y compris celles en charge de surveiller ces installations arrêtées. Le CEA est actuellement l’exploitant le plus exposé car son patrimoine comporte une grande proportion d’installations arrêtées définitivement ou en démantèlement. Le programme de démantèlement, établi par le CEA et validé par les autorités de sûreté civile et militaire en 2019, reposait sur une priorisation selon le terme source et les risques présentés par les installations. Il a subi des retards importants et doit être revu en profondeur. Il paraît nécessaire dans ce contexte de sanctuariser les moyens financiers et humains nécessaires pour lui permettre de tenir des calendriers de démantèlement raisonnables. L’ASNR attend en particulier du CEA qu’il lui remette en 2026 une stratégie de gestion des démantèlements et des déchets mise à jour en tirant le retour d’expérience des difficultés rencontrées, et accompagnée d’un échéancier consolidé. UN PROJET CIGÉO QUI SE POURSUIT Au cours de l’année 2025, les services de l’ASNR ont terminé l’instruction technique du dossier de demande d’autorisation de création du centre de stockage de déchets radioactifs en couche géologique profonde Cigéo, et conclu le cycle associé de dialogue technique avec l’ensemble des parties prenantes du projet. L’ASNR a rendu son avis sur la demande d’autorisation de Cigéo en fin d’année et l’a présenté à l’OPECST. Sans méconnaître les compléments restant à apporter par l’Andra et les attentes fortes du public, l’ASNR a considéré que la démonstration de sûreté préliminaire avait atteint un niveau de maturité suffisant à ce stade du projet, et que l’inventaire de référence sur lequel s’est fondé l’Andra constituait une base robuste pour définir l’inventaire des déchets autorisés à être stockés dans Cigéo. Enfin, l’ASNR a considéré que le calendrier de développement du projet apparaissait comme réaliste à la lumière des éléments disponibles. n Rapport de l’ASNR sur l’état de la sûreté nucléaire et de la radioprotection en France en 2025 7

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