L’exploitant rencontre encore des difficultés dans la maîtrise de ses rejets de fluides frigorifiques et est confronté ponctuellement à des dysfonctionnements de ses rejets liquides ou gazeux. L’ASNR conserve certains des points de vigilance de l’année précédente concernant les capacités de confinement des pollutions liquides, notamment de soude. Les performances en matière de sécurité des travailleurs sont stables. L’ASNR a demandé à l’exploitant de remédier rapidement aux situations à risques rencontrées concernant les chutes de hauteur qui sont encore restées prépondérantes en 2025. Des fragilités dans les analyses de risques, l’organisation du travail, la consignation ou encore la qualité de la préparation des activités sont des causes récurrentes des événements de sécurité et doivent être améliorées. Malgré les efforts engagés, les expositions accidentelles à l’amiante restent encore trop nombreuses. Enfin, l’ASNR sera vigilante quant au maintien de la conformité des installations aux exigences du code du travail. Centrale nucléaire de Civaux La centrale nucléaire de Civaux, exploitée par EDF dans le département de la Vienne, à 30 km au sud de Poitiers, en région Nouvelle‑Aquitaine, comprend deux REP d’une puissance de 1450 MWe, mis en service en 1997 et 1999. Les réacteurs 1 et 2 constituent respectivement les INB 158 et 159. Ce site dispose d’une des bases régionales de la Force d’action rapide du nucléaire (FARN), créée en 2011 par EDF à la suite de l’accident survenu à la centrale nucléaire de Fukushima au Japon. Son objectif est d’intervenir, en situation pré‑accidentelle ou accidentelle, sur n’importe quelle centrale nucléaire en France, en apportant des renforts humains et des moyens matériels de secours. L’ASNR considère que les performances de la centrale nucléaire de Civaux se distinguent favorablement dans les domaines de la sûreté nucléaire et de la radioprotection et rejoignent l’appréciation générale portée sur les centrales nucléaires d’EDF en matière d’environnement. Dans le domaine de la sûreté nucléaire, l’ASNR considère que les performances se sont légèrement améliorées en 2025, dans un contexte industriel dense. La conduite des installations reste satisfaisante. La récurrence d’événements significatifs similaires montre que subsistent toutefois des marges de progrès en matière d’intégration du retour d’expérience. La maîtrise du risque incendie est en progrès : l’ASNR a constaté en inspection la bonne réalisation d’un exercice de mobilisation de la garde opérationnelle postée mené en 2025. La maîtrise du risque d’explosion demeure cependant comme l’année précédente perfectible. L’état des matériels importants pour la sûreté est satisfaisant. Toutefois, une meilleure déclinaison des procédures nationales est attendue par l’ASNR. La radioprotection des travailleurs est satisfaisante et en progrès. Il subsiste toutefois des points d’amélioration. Notamment, la culture en radioprotection des prestataires est perfectible. Les désordres ponctuellement observés par les inspecteurs ont été corrigés rapidement par l’exploitant. La protection de l’environnement est considérée comme satisfaisante par l’ASNR en 2025. Le confinement liquide et l’état des installations sont jugés positivement par l’ASNR. Le site a en outre réduit les volumes d’eau traitée sans utilisation ultérieure dans le processus industriel, limitant l’utilisation de produits chimiques. En matière d’inspection du travail en 2025, l’ASNR souligne positivement la robustesse organisationnelle du site dans le traitement des situations dangereuses, la qualité des analyses conduites à la suite de « presqueaccidents » et la présence managériale soutenue sur le terrain. Cependant, l’ASNR estime que l’exploitant doit améliorer le respect des engagements pris auprès de l’inspection du travail. En matière de sécurité des travailleurs, l’ASNR considère que l’exploitant doit accentuer ses efforts pour garantir l’exhaustivité des analyses de risques, la conformité réglementaire des voies de circulation ainsi que l’aération-ventilation des locaux de travail. Encadrement des risques de dispersion de légionelles par la centrale nucléaire de Civaux : quelle prise en compte des observations des parties prenantes dans la décision de l’ASNR ? Les deux réacteurs de la centrale nucléaire de Civaux, situés en bord de Vienne, sont équipés chacun d’une grande tour aéroréfrigérante. Ces grandes tours sont susceptibles de disperser des légionelles dans l’environnement. Comme pour ses autres centrales nucléaires soumises à ce risque, EDF prévoit de mettre en place un traitement biocide par injection de monochloramine dans les circuits de refroidissement. Celui-ci permettra de respecter la décision de l’ASN du 6 décembre 2016. Cette décision fixe deux seuils de colonisation de légionelles dans les circuits, respectivement de 10 000 et 100 000 unités formant colonies par litre (UFC/L), à compter desquels des actions curatives et correctives sont à mener pour rabattre les niveaux de colonisation observés. Comme ce traitement biocide conduit à des rejets chimiques dans l’eau de la Vienne, l’ASNR a consulté le public ainsi que les parties prenantes locales, qui ont exprimé plusieurs avis défavorables. Ces avis contestent le besoin d’un traitement biocide au regard des colonisations limitées en légionelles observées sur la centrale nucléaire de Civaux. Ils insistent sur l’impact des rejets issus d’un tel traitement sur la qualité de l’eau de la Vienne, dans un contexte où cette eau est déjà affectée en amont de la centrale par des effluents industriels et où celle-ci est utilisée en aval pour produire de l’eau potable. Ces avis considèrent que l’équilibre résultant des dispositions de la décision de l’ASN du 6 décembre 2016 entre la nécessité de maîtriser le risque de légionellose et les impacts sur l’environnement d’un traitement biocide n’est pas approprié pour la centrale nucléaire de Civaux compte tenu des spécificités de la Vienne et de ses usages à l’amont et à l’aval. Ainsi, l’ASNR a jugé nécessaire de revoir, spécifiquement pour la centrale nucléaire de Civaux et au regard des enjeux locaux, le cadre applicable à la maîtrise des colonisations en légionelles, en imposant de ne mettre en œuvre un traitement biocide qu’à partir de 100 000 UFC/L. Cette dérogation permet ainsi de limiter l’occurrence des traitements biocides et donc les rejets chimiques dans l’eau de la Vienne. Dans le même temps, cette dérogation ne remet pas en cause la prévention du risque de légionellose, en obligeant EDF à traiter ses circuits dès l’atteinte de 100 000 UFC/L et, si ce traitement n’est pas efficace, à arrêter ses réacteurs. Actions de l’ASNR pour la prévention du risque radon Actions de contrôle L’ASNR a inspecté les conseils départementaux des PyrénéesAtlantiques (64) et de la Charente (16). Ces inspections, concernant des départements non prioritaires au regard de la réglementation radon antérieure à 2018, ont mis en évidence des écarts vis-à-vis de la nouvelle réglementation, qui impose notamment des dépistages radon dans certains types d’établissements recevant du public, comme les collèges. Pour remédier à cette situation, des campagnes de mesurage radon sont planifiées pour la saison 2025-2026. Actions de sensibilisation L’ASNR a participé à une action de sensibilisation de la population sur les risques liés au radon dans le département des Pyrénées-Atlantiques (64), accompagnée d’une campagne de distribution de détecteurs radon. Ce projet a été réalisé grâce à la collaboration entre l’Agence régionale de santé (ARS), l’ASNR et le Centre permanent d’initiatives pour l’environnement (CPIE) Pays basque. Les zones à potentiel radon en France métropolitaine, en région Nouvelle-Aquitaine, sont présentées en page 99. 86 Rn radon Nouvelle-Aquitaine Rapport de l’ASNR sur l’état de la sûreté nucléaire et de la radioprotection en France en 2025 81
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