Rapport de l'ASNR 2025

LES ACTIVITÉS NUCLÉAIRES : RAYONNEMENTS IONISANTS ET RISQUES POUR LA SANTÉ ET L’ENVIRONNEMENT 1.2 Les situations d’exposition en milieu médical 1.2.1 – L’exposition des professionnels Les professionnels du milieu médical sont soumis en particulier au risque d’exposition externe, générée par les dispositifs médicaux – DM (appareils contenant des sources radioactives, générateurs de rayons X ou accélérateurs de particules) ou par des sources scellées ou non scellées. En cas d’utilisation de sources non scellées, le risque de contamination doit également être pris en compte dans l’évaluation des risques (en médecine nucléaire et en laboratoire de biologie). Selon les dernières données disponibles, collectées en 2024 par l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR), le domaine médical regroupe la majorité des effectifs faisant l’objet d’un suivi dosimétrique individuel : 43 % de l’ensemble des travailleurs classés, soit 106 426 personnes, ont ainsi fait l’objet d’un suivi. Les effectifs du personnel bénéficiant de ce suivi ont globalement diminué de près de 13 % par rapport à 2023. Cette baisse s’explique notamment par le fait que la transmission des résultats dosimétriques dans SISERI par les organismes accrédités n’est pas encore complètement exhaustive. La dose individuelle moyenne annuelle reçue reste très limitée, de l’ordre de 0,06 millisievert (mSv) dans le médical (hors domaine dentaire) et 0,03 mSv dans le domaine dentaire (voir chapitre 1). Parmi les personnels de santé susceptibles d’être exposés et bénéficiant à ce titre d’un suivi dosimétrique, ceux travaillant en radiologie (80 % des effectifs suivis du domaine médical tant en radiodiagnostic qu’en radiologie interventionnelle) reçoivent une dose individuelle moyenne annuelle de près de 0,03 mSv. Le personnel de médecine nucléaire, qui représente 6 % du personnel de santé suivi, est exposé à une dose individuelle moyenne annuelle corps entier quinze fois plus élevée, estimée à 0,45 mSv. Les travailleurs mobilisés pour le transport des produits radiopharmaceutiques destinés aux services de médecine nucléaire, sont également particulièrement exposés, avec une dose annuelle moyenne de 1,06 mSv. Les perspectives de développement de la RIV pourraient renforcer ces enjeux et font de ce fait l’objet d’une vigilance particulière de l’ASNR. C’est également dans le domaine médical que l’on rencontre la majorité des situations d’exposition des travailleurs aux extrémités (mains). Ainsi, 12 739 professionnels médicaux ont bénéficié d’un suivi dosimétrique aux extrémités, par bague ou dosimètre poignet, ce qui représente 58 % des travailleurs ayant un tel suivi, et environ 55 % de la dose totale aux extrémités. Le secteur de la radiologie présente le nombre de travailleurs suivis le plus important, avec environ 67 % de l’effectif total des personnels du domaine médical suivis par dosimétrie aux extrémités (51 % pour la radiologie interventionnelle et 16 % pour le radiodiagnostic), et contribue à 20 % de la dose totale des expositions aux extrémités pour le domaine médical. Le secteur de la médecine nucléaire représente 24 % de l’effectif suivi avec une dosimétrie extrémité, pour une contribution de 78 % à la dose totale de ce domaine. La contribution à la dose totale des activités interventionnelles est vraisemblablement sous-estimée, en particulier en raison de lacunes dans le port des dosimètres aux extrémités au bloc opératoire. Enfin, 82 % de l’effectif total de travailleurs suivis pour l’exposition au niveau du cristallin exercent dans le domaine des activités médicales, représentant 4 072 travailleurs avec une contribution à la dose totale du cristallin de 47 %. La dose individuelle moyenne pour les activités médicales (hors dentaire) est de 0,21 mSv en 2024. Près de 77 % des effectifs suivis pour la dosimétrie du 2. Le principe ALARA (As Low As Reasonably Achievable – au plus faible niveau que l’on peut raisonnablement atteindre) est apparu pour la première fois dans la publication 26 de 1977 de la CIPR. Il était l’aboutissement d’une réflexion autour du principe d’optimisation de la radioprotection. Au cours des trente dernières années, l’acceptation et la mise en œuvre du principe ALARA ont évolué de manière significative en Europe avec une implication forte de la Commission européenne qui a abouti, en 1991, à la création d’un réseau ALARA européen. cristallin appartiennent au secteur des PIR qui contribue à 79 % de la dose totale du domaine médical. 1.2.2 – L’exposition des patients Pour les applications médicales à visée diagnostique, l’optimisation de l’exposition aux rayonnements ionisants a pour objectif de délivrer la dose minimale permettant d’obtenir une image de qualité suffisante pour obtenir l’information diagnostique pertinente ou réaliser l’acte prévu. Les applications à visée thérapeutique, dont l’objectif est de détruire les cellules cancéreuses, entraînent la délivrance d’une dose beaucoup plus élevée que pour les applications diagnostiques tout en préservant au mieux les tissus sains voisins. Le principe de limitation ne s’appliquant pas aux patients, les principes de justification et d’optimisation (voir point 1.3) doivent être appliqués avec d’autant plus de rigueur. En imagerie médicale, les principes d’optimisation et de justification (éviter les examens non nécessaires, ou ceux dont le résultat peut être obtenu par des techniques non irradiantes de même niveau diagnostique lorsqu’elles sont disponibles) sont au cœur des plans nationaux de maîtrise des doses en imagerie délivrées aux patients. Ces plans d’actions ont été élaborés par l’ASN en 2011 et 2018, en concertation avec les services du ministère chargé de la santé et les professionnels de santé. À cet égard, l’ASNR a réuni, le 10 octobre 2025, les membres du Comité national d’imagerie (CNI). Ce comité est un groupe d’expertise et de coordination mis en place pour encadrer la radioprotection et améliorer la qualité des pratiques en imagerie médicale utilisant les rayonnements ionisants en France. Il joue un rôle important dans la diffusion de la culture de radioprotection des professionnels et dans la mise en œuvre des principes de justification et d’optimisation, avec le renforcement des compétences et l’harmonisation des pratiques. La réunion a rassemblé les représentants de 20 conseils nationaux des professionnels de santé à ordre et des associations professionnelles et les représentants du ministère chargé de la santé, de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) et de l’Institut national du cancer (INCa). Elle a notamment permis de dresser le bilan des actions du 2e plan national de maîtrise des doses en imagerie en s’intéressant notamment aux cinq actions non achevées : sensibilisation des médecins généralistes au principe de la justification ; mise en œuvre de la démarche d’audit clinique (interne et externe) par les pairs ; clarification de la situation des professionnels en matière de formation continue à la radioprotection des patients (autres que les manipulateurs en électroradiologie médicale (MERM), les médecins et les chirurgiens-dentistes) qui peuvent participer à un acte mettant en œuvre des rayonnements ionisants ; définition du contenu des prestations externes de physique médicale et enfin implantation et interopérabilité des systèmes d’information médical pour faciliter les échanges de données entre professionnels de soins. Une version actualisée du plan sera diffusée début 2026. Le principe d’optimisation, défini par l’article L. 1333‑2 du code de la santé publique (voir chapitre 2), connu sous le nom de principe ALARA(2), a conduit, dans le domaine de l’imagerie médicale utilisant des rayonnements ionisants, à introduire le concept de « niveaux de référence diagnostiques » (NRD). Les NRD ne doivent pas être assimilés à des « limites de dose » ou à des « doses optimales ». Les NRD sont des indicateurs dosimétriques permettant d’évaluer la qualité des pratiques. Ils n’ont de sens que pour évaluer une pratique moyenne (à partir de groupes de patients), la comparaison d’une valeur de NRD à une dose reçue au cours d’un examen individuel n’étant pas pertinente pour un individu donné, car dans certaines situations, les conditions Rapport de l’ASNR sur l’état de la sûreté nucléaire et de la radioprotection en France en 2025 195 01 05 09 02 06 10 03 07 11 13 04 08 12 A / Z

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