LES ACTIVITÉS NUCLÉAIRES : RAYONNEMENTS IONISANTS ET RISQUES POUR LA SANTÉ ET L’ENVIRONNEMENT Le recours à la sous-traitance et à du personnel externe en physique médicale peut également s’avérer être une situation à risque si elle n’est pas maîtrisée. C’est notamment le cas lorsque le centre donneur d’ordre n’a pas la disponibilité suffisante pour encadrer et suivre la prestation, que les intervenants ne disposent pas d’un temps suffisant pour réaliser la prestation ou que les compétences et/ou expériences du prestataire ne sont pas adaptées, que les pratiques locales et celles du prestataire ne sont pas en adéquation, ou qu’une analyse des risques commune entre les deux parties n’a pas été réalisée. L’ASNR publiera début 2026, sur la base des résultats d’une enquête menée par l’IRSN en 2020, un document « Principes et Pratiques » intitulé Sous-traitance et recours à du personnel externe en physique médicale en radiothérapie externe : état des lieux, préconisation et pistes de réflexions. Il s’agit d’un document opérationnel pour accompagner les équipes de radiothérapie externe et les prestataires impliqués dans la sous-traitance des activités de physique médicale en radiothérapie externe. Plus précisément, il a pour objectif d’aider les centres à définir (lorsqu’elle est nécessaire) leur stratégie de sous-traitance pour des activités de physique médicale en radiothérapie externe, à préparer et encadrer la prestation. Il comprend une grille d’auto-évaluation qui reprend les principales réflexions et actions à mener dans le cadre d’une sous-traitance lors d’une prestation en physique médicale en radiothérapie externe afin que les centres puissent évaluer leurs pratiques et leurs conditions de réalisation de cette sous-traitance (voir focus n°2). La vocation de cette grille d’auto-évaluation est d’être un outil interne d’amélioration des pratiques pour les professionnels. Elle reprend les principales réflexions et actions à mener dans le cadre d’une sous-traitance, décrites dans ce document. Elle n’est pas exhaustive et pourra être adaptée au contexte local de la prestation et à sa nature, et être enrichie au fur et à mesure des retours d’expériences des centres. 8. La délinéation, ou contourage, est une étape de la prise en charge du patient en radiothérapie qui consiste à délimiter les organes à traiter et les organes à risque à protéger lors des séances de traitement. 2.1.3.3 Les événements déclarés en radiothérapie externe En 2025, 108 ESR ont été déclarés en radiothérapie. La majorité des événements concerne la radioprotection des patients avec 95 ESR déclarés au titre du critère 2.1 (exposition des patients à visée thérapeutique). Ils sont, pour la plupart, sans conséquence clinique attendue. Parmi ces événements concernant la radioprotection des patients, 7 ont été classés au niveau 2 de l’échelle ASN‑SFRO (7 % des ESR patients), 58 au niveau 1 (61%), et 28 au niveau 0 (29 %) de cette même échelle. Les ESR de niveau 2 déclarés en 2025 concernent : ∙quatre erreurs de cible qui se sont produites à l’étape de délinéation(8). Trois ont concerné un nombre de séances de respectivement 1, 5 et 24 séances (sur 28 prévues) avec, pour ce troisième cas, la survenue d’une radiodermite. Pour le dernier cas, survenu dans un contexte de ré-irradiation, l’erreur a été détectée plusieurs mois après la fin de la radiothérapie, qui a eu lieu en 2024, lors de l’examen de surveillance par IRM réalisé en juin 2025 (voir focus n°3) ; ∙une erreur de latéralité survenue à l’étape de délinéation. Les étapes ultérieures, incluant différentes validations lors de la préparation du traitement puis sa réalisation, n’ont pas permis d’identifier l’erreur ; ∙une erreur liée à l’irradiation non justifiée d’un sein lors de l’identification suspecte d’une deuxième localisation tumorale. L’incident résulte du démarrage de la radiothérapie avant la confirmation diagnostique ; ∙enfin, une erreur concerne le traitement par irradiation d’une vertèbre, débuté avant réception et validation de la seconde lecture d’anatomopathologie dans un contexte d’algie importante pour le patient et de retard des résultats anatomopathologiques. En outre, quatre ESR classés au niveau 1 de l’échelle ASN‑SFRO (voir focus n°6) concernent des cohortes de patients et sont sans conséquence clinique attendue pour ces derniers : ∙une erreur d’étalonnage liée à l’utilisation d’un mauvais coefficient de correction (erreur de saisie) sur un accélérateur ayant concerné 150 patients ; ∙une erreur dans le contourage automatique entraînant l’absence de prise en compte, dans le calcul de dose, de volumes anatomiques à protéger au niveau de la jonction entre la moelle épinière et le tronc cérébral, concernant une cohorte de 143 patients ; ∙une erreur de paramétrage d’un logiciel ayant entraîné une inversion des phases respiratoires lors d’une radiothérapie, l’irradiation a été délivrée en dehors des phases respiratoires initialement prévues et a concerné 11 patients ; ∙une erreur due au dysfonctionnement du système de repositionnement automatique de la table de traitement de trois accélérateurs de radiothérapie externe ayant concerné 6 patients. Les événements déclarés en 2025 et les années précédentes mettent en lumière des fragilités organisationnelles au niveau : ∙de la tenue des dossiers des patients, permettant d’avoir une vision d’ensemble et un accès, au bon moment, aux données nécessaires. Plus l’erreur est commise tôt dans le processus de prise en charge (par exemple, erreur de côté), en particulier à l’étape de la consultation initiale et de l’élaboration de la prescription, et moins cette information sur la latéralité est remise en question aux étapes suivantes de la prise en charge du patient ; il est donc essentiel de tester les barrières mises en place à ces étapes du processus ; ∙des paramètres à vérifier lors des étapes de validation qui sont insuffisamment explicitées (Quel contrôle ? À quelle étape du processus ? Par quel opérateur ?) ; ∙de la gestion des flux de dossiers de patients qui, si elle n’est pas planifiée avec des temps sanctuarisés, crée des contraintes sur l’activité des professionnels, favorisant la fragilisation de certaines barrières de contrôle. FOCUS N°3 Événement significatif de radioprotection relatif à une erreur de cible dans un contexte de ré-irradiation en radiothérapie externe L’événement significatif de radioprotection, classé au niveau 2 sur l’échelle ASN-SFRO, a été déclaré à l’ASNR le 23 juin 2025 dans le cadre d’une erreur de cible survenue en juin 2024 lors d’un trai‑ tement par radiothérapie externe, dans un contexte de ré-irradia‑ tion cérébrale. Cette erreur a conduit à irradier une lésion cérébrale différente de celle initialement prescrite. L’origine de l’erreur se situe durant l’étape de préparation du traitement, appelée contou‑ rage, où une ancienne lésion occipitale droite (traitée en 2020) a été délimitée à la place de la lésion pariétale droite qui nécessitait le traitement. Aucune des étapes de vérifications ultérieures n’a permis de détecter cette erreur avant ou pendant la réalisation du traitement. L’erreur n’a été découverte qu’en juin 2025, plusieurs mois après la fin de la radiothérapie (qui a eu lieu en 2024), après un examen de surveillance par IRM qui a révélé un aspect inattendu de la lésion pariétale droite. La patiente a été informée et un nouveau plan de traitement lui a été proposé pour traiter la zone initialement visée. Compte tenu de l’irradiation erronée d’une zone qui n’aurait pas dû être traitée, l’ASNR a classé cet événement au niveau 2 de l’échelle ASN-SFRO des événements en radiothérapie, ce qui correspond à un incident occasionnant ou susceptible d’occasionner une altération modé‑ rée d’un organe ou fonction. Le centre a transmis à l’ASNR un compte rendu d’événement significatif détaillant l’analyse des causes et les actions correctives prévues. L’ASNR appelle les professionnels de la radiothérapie à évaluer la robustesse des barrières de sécurité, particulièrement dans le contexte d’une fréquence accrue des ré-irradiations qui néces‑ sitent une vigilance renforcée. Rapport de l’ASNR sur l’état de la sûreté nucléaire et de la radioprotection en France en 2025 207 01 05 09 02 06 10 03 07 11 13 04 08 12 A / Z
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