LES ACTIVITÉS NUCLÉAIRES : RAYONNEMENTS IONISANTS ET RISQUES POUR LA SANTÉ ET L’ENVIRONNEMENT Enfin, les causes profondes de ces événements sont encore insuffisamment investiguées et les enseignements issus du retour d’expérience des événements déclarés au niveau national peu pris en compte. Par ailleurs, le GT sur le retour d’expérience des professionnels de la radiothérapie animé par l’ASNR a travaillé à l’élaboration de nouvelles fiches intitulées « sécurisation des traitements ». Deux fiches détaillant les bonnes pratiques à mettre en œuvre pour éviter les ESR d’identitovigilance et de latéralité ont été publiées au cours de l’année 2025 et sont disponibles sur le site internet de l’ASNR. Le nombre d’ESR déclarés à l’ASNR en 2025 repart légèrement à la hausse après une longue période de diminution (voir point 2.7, graphique 14). Bien qu’il soit délicat d’interpréter ces tendances, la baisse des ESR observée depuis 2015 peut être pour partie attribuable à une meilleure maîtrise des risques (mise sous 9. Séminaire des acteurs de la radiothérapie organisé par l’ASN à Montrouge le 15 mars 2023 : « Démarche qualité-sécurité en radiothérapie : quels enseignements après plus de 15 ans de mise en œuvre ». assurance de la qualité, dématérialisation complète avec utilisation des listes de tâches des « record and verify », harmonisation des protocoles médicaux, logiciel d’aide au contourage, application automatique des décalages de dosimétrie, suivi des délais de préparation, etc.). Toutefois les inspecteurs constatent ces dernières années une diminution du nombre d’événements indésirables enregistrés et analysés en interne, et des réunions de comités de retour d’expérience moins nombreuses. Le nombre d’ESR de niveau 2 et d’erreurs systématiques concernant plusieurs patients déclarés chaque année, la multiplication des traitements complexes avec plusieurs localisations à traiter ainsi que des situations d’antécédents de radiothérapies (dont un ESR a été classé niveau 4 en 2024) doivent conduire les centres à maintenir la vigilance pour que ces démarches de retour d’expérience ne s’essoufflent pas. Synthèse Dans un contexte de plus grande complexité, de moindres ressources, de fortes innovations et d’évolution des organisations, l’ASNR a publié en 2025 les orientations de son nouveau programme d’inspection 2025-2028 en radiothérapie (voir point 1.4). Elles résultent d’une démarche ayant associé l’ensemble des acteurs de la radiothérapie avec l’organisation d’un séminaire national(9) en 2023, d’auditions tenues dans le courant de l’année 2024 avec ces mêmes acteurs, ainsi que la prise en compte des enseignements d’un séminaire organisé par HERCA (Heads of the European Radiological Protection Competent Authorities) en 2024 sur les pratiques d’inspections en radiothérapie. Les inspections conduites par l’ASNR en 2025, mises en perspective avec celles réalisées durant la période 2022-2024, permettant de couvrir l’ensemble du parc, confirment que les fondamentaux de la sécurité sont en place : organisation de la physique médicale, contrôle des équipements, formation à la radioprotection des patients et déploiement des démarches d’assurance de la qualité. L’ASNR souligne les avancées dans le domaine des audits cliniques avec la mise en place d’expérimentations dont les phases pilotes se sont terminées en 2025 (voir point 1.3.4). L’ASNR encourage la pérennisation de ces audits. L’analyse de la période 2022-2025 confirme que les services peinent à maintenir les démarches de retour d’expérience avec des réunions de comités de retour d’expérience moins nombreuses, des analyses d’ESR insuffisamment approfondies et des difficultés persistantes pour évaluer la robustesse des actions correctives. Le nombre d’ESR déclarés à l’ASNR en 2025 repart légèrement à la hausse après une période de diminution depuis 2015 sans qu’il ne soit possible à ce stade d’en déduire une quelconque situation de dégradation de la radioprotection. Toutefois, le nombre d’ESR de niveau 2 et d’erreurs systématiques concernant plusieurs patients déclarés chaque année, la multiplication des traitements complexes avec plusieurs localisations à traiter ainsi que des situations d’antécédents de radiothérapies qui se multiplient, doivent conduire les centres à maintenir la vigilance pour que ces démarches de retour d’expérience ne s’essoufflent pas. En outre, la survenue d’événements tels que des erreurs de délinéation des organes à risque et/ou des organes cibles, des erreurs de latéralité, de positionnement, révèle toujours des fragilités organisationnelles et la nécessité d’évaluer régulièrement les pratiques. Par ailleurs, les analyses de risque a priori demeurent insuffisamment actualisées en amont d’un changement organisationnel ou technique, ou à l’issue du retour d’expérience des événements. Enfin, le déploiement des nouvelles techniques et pratiques en radiothérapie demeure un sujet d’attention de l’ASNR. Après avoir encouragé l’évaluation de la radiothérapie adaptative, l’ASNR a poursuivi ses travaux et saisi le Canpri sur la radiothérapie FLASH. L’avis du Canpri a été remis fin décembre 2025 et les suites à donner seront examinées en 2026 par l’ASNR. 2.2 La curiethérapie La curiethérapie permet de traiter, de façon spécifique ou en complément d’une autre technique de traitement, certaines pathologies, en particulier des tumeurs cancéreuses. Cette technique consiste à placer des sources de radionucléides, sous forme de sources scellées, au contact ou à l’intérieur des tumeurs solides à traiter. Les principaux radionucléides employés en curiethérapie sont l’iridium-192 et l’iode-125. La curiethérapie met en œuvre trois types de techniques (détaillées ci‑après) qui diffèrent en particulier par le débit de dose mis en œuvre en fonction des indications. À l’instar de la radiothérapie, les enjeux de radioprotection sont liés à l’importance de la dose délivrée au patient et, le cas échéant, aux débits de dose élevés et à la maîtrise des équipements. En outre, s’agissant de source de haute activité, la gestion des situations d’urgence en cas de blocage de source, comme illustré par le retour d’expérience des événements déclarés à l’ASNR, ainsi que la sécurité des sources constituent des enjeux spécifiques de la curiethérapie. C’est pourquoi les contrôles de l’ASNR portent, en plus de ceux relatifs à la radiothérapie externe, sur la gestion et la sécurité des sources. 2.2.1 – La présentation des techniques Les enjeux de radioprotection en curiethérapie, outre la problématique de la gestion d’une source scellée, sont fonction du débit de dose associé à la technique, du mode de délivrance de l’irradiation à la tumeur (implantation permanente ou temporaire, ou application temporaire). L’utilisation le cas échéant de projecteurs de source évite la manipulation de sources par les professionnels et permet la réalisation des soins au patient sans irradiation du personnel. En revanche, il est nécessaire d’anticiper de possibles situations accidentelles liées au dysfonctionnement du projecteur de source et au débit de dose élevé délivré par les sources utilisées. La curiethérapie à bas débit de dose (Low Dose‑Rate – LDR) est aujourd’hui réalisée au moyen de sources scellées d’iode-125, sous forme de grains implantés de façon permanente, ou de césium-137 appliqués de manière temporaire. Les débits de dose sont compris entre 0,4 et 2 grays par heure (Gy/h). Un nouveau dispositif médical dit « DART » (Diffusing Alpha Emitters Radio Therapy) est actuellement testé dans le cadre d’une investigation clinique pour le traitement de cancers cutanés, de la 208 Rapport de l’ASNR sur l’état de la sûreté nucléaire et de la radioprotection en France en 2025
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