Rapport de l'ASNR 2025

LES ACTIVITÉS NUCLÉAIRES : RAYONNEMENTS IONISANTS ET RISQUES POUR LA SANTÉ ET L’ENVIRONNEMENT Comme les années précédentes, la majorité des événements déclarés (69 %) concernent les patients (voir graphique 9). Les événements concernant les patients (217 ESR, soit 70 % des ESR déclarés) La grande majorité des ESR concernant des patients en médecine nucléaire a lieu dans le cadre d’actes à visée diagnostique (93 %). Ces ESR sont, pour la plupart, sans conséquence clinique attendue au regard des activités injectées. Ils sont majoritairement liés à des erreurs de préparation et d’administration conduisant à l’injection du MRP ou d’une activité de celui‑ci inappropriés (50 % des ESR relatifs aux patients, chiffre stable par rapport à 2024). Ils résultent de dysfonctionnements organisationnels et humains, en général dans des contextes de forte activité ou d’effectifs en tension. Les autres ESR survenus dans le cadre du diagnostic sont le plus souvent liés à une erreur dans la demande d’examen, à la prescription du médecin ou leur traitement (12 %), à des défauts dans la prise en charge du patient (prise en charge d’un patient à la place d’un autre : 10 %) ou à un problème intervenu au moment de l’acquisition des images (10 %) (panne, protocole erroné, etc.). Cette dernière situation est celle rencontrée pour deux des quatre ESR concernant des enfants, tous intervenus lors d’un acte à visée diagnostique. Un ESR ayant concerné six patients a fait l’objet d’un avis d’incident publié sur le site de l’ASNR. Il s’agit de la délivrance de doses supérieures à celles prévues pour des examens de scintigraphie, du fait de l’utilisation erronée de l’activimètre servant à mesurer les activités à injecter aux patients. En 2025, 15 événements survenus au cours d’un acte thérapeutique ont été déclarés, dont 13 événements liés à des complications associées soit à la mise en œuvre de microsphères d’yttrium-90 (6 ESR), soit à des cas d’extravasation(10) avec du lutétium-177 (7 ESR). Les deux derniers ESR concernent des actes thérapeutiques utilisant l’iode-131 (défaut d’identitovigilance lors de la prise en charge du patient pour lui administrer une gélule). Deux fiches « Retour d’expérience » ont récemment été publiées en lien avec ces sujets. La première concerne des complications intervenues lors d’un traitement d’un cancer hépatique par radio‑embolisation utilisant l’yttrium-90 et présente les bonnes pratiques permettant de limiter la fréquence de survenue de ces 10. L’extravasation est une injection ou une fuite accidentelle inappropriée et non-intentionnelle de médicaments dans les espaces péri-vasculaires ou sous-cutanés, plutôt que dans le compartiment vasculaire cible. aléas. La seconde, publiée en 2025, concerne une extravasation lors d’une cure de lutétium-177 et identifie la détection systématique de l’extravasation en fin d’injection comme un atout ayant permis une prise en charge adaptée du patient. Le 11e événement était lié à une erreur dans la prise en charge d’un patient liée à un défaut d’identitovigilance qui a conduit à l’administration d’une activité sous dosée pour un patient lors d’un traitement à l’iode-131. Les événements concernant les professionnels (15 ESR, soit 5 % des ESR déclarés) Ces 15 événements résultent de contaminations ayant entraîné des expositions interne ou externe (contaminations surfaciques liées à des manipulations non maîtrisées ou lors de la réception d’un flacon cassé). Aucun de ces ESR n’a conduit à un dépassement de la limite réglementaire de dose pour les travailleurs concernés, mais trois des ESR ont été classés au niveau 1 sur l’échelle INES du fait du dépassement du quart de la limite réglementaire d’exposition aux extrémités. Ces ESR ont fait l’objet d’avis d’incident publiés sur le site de l’ASNR. FOCUS N°4 Rejet accidentel d’une cuve de décroissance dans un service de médecine nucléaire Le 12 mars 2025, l’ASNR a été informée par un hôpital de cancérologie d’Ile-de-France d’un rejet incidentel d’effluents radioactifs par le service de médecine nucléaire de cet hôpital. Conformément à l’ar‑ ticle 20 de la décision n° 2008-DC-0095 de l’ASN du 29 janvier 2008, « les effluents liquides contaminés sont dirigés vers un système de cuves d’entreposage avant leur rejet dans un réseau d’assainissement ou vers tout dispositif évitant un rejet direct dans le réseau d’assainissement […]. Le contenu de cuves ou de conteneurs d’entreposage d’effluents liquides contaminés ne peut être rejeté dans le réseau d’assainissement qu’après s’être assuré que l’activité volumique est inférieure à une limite de 10 Bq/L. Cette limite est fixée à 100 Bq/L pour les effluents liquides issus des chambres de patients traités à l’iode-131 ». Dans le cadre de cet événement, le contenu d’une cuve d’effluents liquides a été déversé par erreur dans le réseau d’assainis‑ sement à la place d’une autre, sans respecter la procédure de décrois‑ sance radioactive. Le 13 mars 2025, des prélèvements d’eaux usées ont été réalisés par le Laboratoire central de la Préfecture de police de Paris (LCPP), la Brigade de sapeurs-pompiers de Paris (BSPP) et l’ASNR, mandatés par le préfet de département, en amont immédiat des trois stations d’épu‑ ration potentiellement concernées par les rejets, telles qu’identifiées par les gestionnaires des réseaux d’assainissement. Les différentes analyses, sur le terrain et en laboratoire ainsi que les mesures radiolo‑ giques, indiquent que ces prélèvements ne présentent pas plus de radioactivité que la radioactivité naturelle habituelle malgré la présence en très faible quantité de radionucléides médicaux. L’ASNR a réalisé une évaluation des conséquences sanitaires de l’in‑ cident, sur la base des informations transmises par le conseiller en radioprotection de l’hôpital, par les gestionnaires de réseaux et en considérant des hypothèses de circulation des effluents dans les réseaux d’assainissement. Les résultats de cette évaluation, pour des travailleurs des stations d’épuration et des égoutiers, sont inférieurs à quelques microsieverts (µSv). Cette exposition reste très largement inférieure à la limite réglementaire annuelle d’exposition du public de 1 mSv/an (soit 1 000 µSv/an ou 1 mSv/an). Bien que très rare, un tel événement met en lumière l’importance d’une gestion préventive des situations incidentelles de rejets des effluents par les responsables d’activité nucléaires utilisant des sources non scellées. Cet ESR permet également de rappeler l’obligation régle‑ mentaire relative à l’élaboration d’une demande d’autorisation de déversements par les services de médecine nucléaire qui doit être autorisée par les collectivités compétentes en matière de collecte des eaux usées (article L. 1331-10 du code de la santé publique) et le fait que de nombreuses autorisations de déversement ne sont toujours pas en place. Enfin, il rappelle la nécessaire coordination de tous les acteurs pour la gestion post-accidentelle de l’événement, d’autant plus dans la perspective d’un essor des thérapies innovantes en médecine nucléaire. 5 % Public 71 % Patients En rouge : moyenne du nombre d’ESR déclarés au cours des 10 années précédentes. 7 % 4 % 9 % 12 % 68 % 5 % Travailleurs 16 % Sources, déchets, effluents 3 % Autres GRAPHIQUE 9 Répartition (en %) des ESR en médecine nucléaire en 2025 Rapport de l’ASNR sur l’état de la sûreté nucléaire et de la radioprotection en France en 2025 217 01 05 09 02 06 10 03 07 11 13 04 08 12 A / Z

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