Rapport de l'ASNR 2025

LES ACTIVITÉS NUCLÉAIRES : RAYONNEMENTS IONISANTS ET RISQUES POUR LA SANTÉ ET L’ENVIRONNEMENT Les événements concernant le public (14 ESR, soit 4 % des ESR déclarés) Ces ESR résultent de l’exposition de fœtus de femmes qui ignoraient leur grossesse, bien que dans la plupart des cas une procédure de prévention de ce risque soit en place dans le service. Les doses reçues étaient sans conséquence pour l’enfant à naître. Un bulletin « La sécurité du patient », publié en 2021, a été consacré à ce type d’événement. Les événements concernant les sources, les déchets et les effluents radioactifs (48 ESR, soit 16 % des ESR déclarés) Ces ESR sont liés majoritairement aux pertes/découvertes de sources, à la dispersion de radionucléides (liée à des débordements de cuves d’effluents radioactifs ou à des fuites dans le circuit d’évacuation de ces effluents), à des livraisons non conformes aux autorisations et aux rejets non autorisés d’effluents dans l’environnement (vidange de cuves, etc.). Ainsi, le 12 mars 2025, l’ASNR a été informée d’un rejet incidentel d’effluents radioactifs d’un service de médecine nucléaire. Le contenu d’une cuve d’effluents liquides a été déversé dans le réseau d’assainissement, sans respecter la procédure de décroissance radioactive (voir focus n°4). Des difficultés de gestion des déchets solides produits dans le cadre des traitements par RIV de certains cancers de la prostate avec des MRP utilisant du lutétium-177 ont récemment émergé, avec notamment le déclenchement de portiques de détection de radioactivité dans les centres de tri de déchets provenant d’un centre hospitalier ou de particuliers. Des consignes sont données au patient à son départ du service de médecine nucléaire pour la gestion des déchets produits à domicile (par exemple, protections hygiéniques) dans les jours qui suivent son traitement, parmi lesquelles le stockage de ses déchets pendant plusieurs semaines à son domicile. Ces consignes ne sont à ce jour pas harmonisées au niveau national. Le stockage de ce type de déchets à domicile peut être difficile (manque de place, local non adapté). Aussi, il arrive que des déchets parviennent avant le délai indiqué dans les consignes de sortie des patients dans les installations de traitement des déchets, provoquant le déclenchement des portiques de détection de radioactivité. L’ASNR, en collaboration avec la DGPR a réalisé en 2025 une enquête auprès des centres de traitement de déchets qui a confirmé l’augmentation des déclenchements de portiques de détection de radioactivité en entrée de centres de traitement des déchets liés à des déchets contenant du lutétium-177. L’ASNR poursuit les travaux initiés en 2024 en s’appuyant notamment sur le GPRP (saisine en cours pour l’élaboration de recommandations concernant les consignes au patient et à son entourage à sa sortie du service de médecine nucléaire) et un GT associant des représentants de la Société française de médecine nucléaire et imagerie moléculaire (SFMN), la DGS, la DGOS, l’ANSM, la DGPR et des services départementaux d’incendie et de secours (SDIS). Ces travaux visent à identifier des solutions applicables et pérennes pour mieux gérer ces situations et proposer des éléments d’information pour mieux communiquer, notamment auprès des professionnels intervenant dans la gestion des déchets. Les premières pistes identifiées consistent à améliorer les consignes données aux patients et à informer les centres de traitements de déchets des nouveaux médicaments radiopharmaceutiques et des méthodes d’identification après déclenchement au portique. Synthèse Les inspections réalisées en 2025 dans plus d’un quart des services de médecine nucléaire, mises en perspective avec celles réalisées durant la période 2020-2024, permettant de couvrir l’ensemble du parc, confirment une situation satisfaisante avec des progrès mais également des points d’attention. La radioprotection des travailleurs est bien ancrée dans ce domaine, à l’exception des deux points faibles que sont la mise en œuvre des vérifications des lieux et des équipements de travail et la formalisation des interventions de personnels extérieurs aux services de médecine nucléaire. Le suivi dosimétrique des travailleurs, s’il se situe à un bon niveau, doit rester un point d’attention dans le contexte d’émergence de nouvelles pratiques, de même que la formation des professionnels, qui reste perfectible sur la période 2020-2025. Les inspections de 2025 confirment comme les années précédentes qu’une attention particulière doit être portée au respect des dispositions réglementaires concernant la gestion des effluents (notamment la vérification du fonctionnement des alarmes des cuves de décroissance et de leur report en heures non ouvrables) et des déchets générés par les patients. Ces derniers liés à l’émergence de nouveaux radiopharmaceutiques peuvent être à l’origine de déclenchements de portiques de détection de la radioactivité à l’entrée de sites de traitement de déchets. S’agissant de la radioprotection des patients, la mise en œuvre du principe d’optimisation avec le recueil et l’analyse des NRD n’a cessé de s’améliorer sur la période 2020-2025. Le déploiement des SMQ se poursuit mais de façon plus hétérogène selon les services, de même que la qualité du recensement et de l’analyse des ESR. Les ESR révèlent cette année encore que les processus de préparation et d’administration des médicaments ne sont pas maîtrisés dans tous les services, comme en témoignent les erreurs d’identitovigilance ou d’utilisation de l’activimètre. Ces pratiques doivent faire l’objet de formation, de rappels et d’évaluation régulière pour permettre leur bonne maîtrise au cours du temps (voir le bulletin « Sécuriser le circuit du médicament en médecine nucléaire »). En outre, des mesures de prévention du risque d’extravasation et de prise en charge des patients en cas de survenue d’un tel risque doivent être définies dans l’ensemble des services car ces situations peuvent conduire à des expositions significatives au site d’injection, a fortiori dans le cas d’un traitement par RIV. Les vastes enjeux liés au développement de la médecine nucléaire pour le patient et son entourage, les professionnels, le public et l’environnement, du fait de l’émergence croissante d’essais cliniques mettant en jeu de nouveaux vecteurs et de nouveaux radionucléides (lutétium-177, actinium-225, etc.), soulignent la nécessité d’appréhender ces sujets dans leur globalité et d’accompagner ces évolutions. L’engagement et la collaboration de toutes les parties prenantes (agences de contrôle, fabricants, promoteurs, investigateurs, prestataires de soins ainsi qu’associations professionnelles) est indispensable pour permettre le développement de l’innovation dans un cadre sécurisé et ceci au bénéfice des patients. Dès la fin 2025, l’ASNR a adapté son processus d’autorisation afin de faciliter l’intégration des centres dans des essais cliniques. Elle prendra position en 2026 sur la base d’un avis du GPRP dressant des recommandations pour améliorer la radioprotection dans le cadre des essais cliniques avec recours à des radionucléides. 218 Rapport de l’ASNR sur l’état de la sûreté nucléaire et de la radioprotection en France en 2025

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