Rapport de l'ASNR 2025

LES ACTIVITÉS NUCLÉAIRES : RAYONNEMENTS IONISANTS ET RISQUES POUR LA SANTÉ ET L’ENVIRONNEMENT 2.5.4 – Les événements déclarés en radiodiagnostic médical et dentaire En 2025, 430 ESR ont été déclarés dans le domaine du diagnostic médical et dentaire (+18 % par rapport à 2024) : ∙112 en radiologie conventionnelle, dont 19 chez des femmes ignorant leur grossesse ; ∙317 en scanographie, dont 91 chez des femmes ignorant leur grossesse ; ∙1 seul ESR en radiologie dentaire. L’augmentation du nombre d’ESR est due principalement à l’accroissement du nombre d’ESR en scanographie (+25 % de 2024 à 2025). Un peu moins d’un tiers des ESR déclarés en scanographie concernent des femmes enceintes ignorant leur grossesse au moment de l’examen (29 %). Ce chiffre est stable entre 2024 et 2025. Par ailleurs, il est constaté une contribution significative d’ESR déclarés dans un contexte de téléradiologie (+69 % de 2024 à 2025). Ce constat fait écho au rapport publié sur téléradiologie par l’ASNR (voir focus n°7). Parmi les ESR déclarés en 2025, trois d’entre eux ont été particulièrement marquants au regard de l’importance des cohortes de patients concernés, composées de patients pédiatriques et adultes, et pour l’un d’entre eux au regard de l’étendue des périodes de l’événement (voir focus n°6). Ils mettent en évidence des défaillances dans l’application rigoureuse du principe d’optimisation dans certains établissements, comme l’exige l’article R. 1333-68 du code de la santé publique. Ils mettent en lumière la nécessité de procéder, dès l’installation puis tout au long de l’utilisation, à l’optimisation des appareils et à la formation et à l’habilitation des professionnels appelés à les utiliser. L’analyse des contrôles qualité, le recueil régulier des doses délivrées aux patients, la mise en œuvre d’évaluations dosimétriques régulières, l’analyse des résultats de ces évaluations et la comparaison de ces derniers aux NRD, lorsqu’ils existent, sont autant de barrières permettant d’alerter rapidement les équipes sur des dysfonctionnements ou de mauvaises utilisations. L’intérêt de connecter les appareils de radiologie à un DACS pour faciliter l’exploitation des doses est également un enseignement tiré du retour d’expérience de ces ESR. FOCUS N°8 Les premiers enseignements de la campagne d’inspection des cabinets dentaires L’ASNR a mis en évidence des insuffisances dans les démarches d’optimisation des doses aux patients dans le domaine des actes dentaires avec recours au tomographe volumique à faisceau conique ou Cone Beam (CBCT). Dans ce cadre, elle a conduit une campagne d’inspection en 2025 auprès des utilisateurs de CBCT afin d’évaluer notamment la maîtrise des fonctionnalités permettant l’optimisation dosimétrique et d’exami‑ ner la manière dont sont mises en œuvre les principales exigences de radioprotection. En parallèle, et afin de faciliter l’appropriation de la réglementation par les chirurgiens-dentistes, l’ASNR a proposé une grille d’auto-évaluation, afin que ces derniers puissent vérifier qu’ils satisfont aux exigences réglementaires de radioprotection. Cette grille a été élaborée avec les représentants de la profession des chirurgiens-dentistes (ADF). Elle permet également aux praticiens de tester leurs connaissances, notamment dans le domaine de la justifi‑ cation et de l’optimisation des doses aux patients lors de l’utilisation d’un CBCT. Les 956 réponses exploitables à la grille d’auto-évaluation, complétées par les inspections menées en 2025, offrent un panorama relativement fiable de l’état de la radioprotection dans ces installations. En ce qui concerne la radioprotection des patients, les résultats mettent en évidence une bonne compréhension des exigences fondamentales : 83 % des répondants confirment être à jour de la formation à la radio‑ protection des patients et 90 % ont conscience de la nécessité d’une optimisation renforcée pour les patients vulnérables, tels que les enfants et les femmes enceintes. De plus, les praticiens maîtrisent généralement le classement des examens selon la dose délivrée (79 % de bonnes réponses). Toutefois, la mise en œuvre révèle des faiblesses notables concernant la traçabilité des actes et l’optimisation des doses. Seulement 57 % des praticiens rédigent systématiquement un compte rendu pour chaque acte CBCT, et le taux de non-conformité du contenu réglementaire de ces comptes rendus (notamment l’absence de justification et d’information dosimétrique) atteint 70 %. Concernant l’optimisation, seuls 34 % des chirurgiens-dentistes maîtrisent la combinaison des deux paramètres clés (taille du champ d’exploration (FOV) et sélection de la taille des voxels) permettant d’optimiser la dose. Par ailleurs, l’évaluation des relevés dosimétriques est insuffisante, puisque seulement 39 % des répondants transmettent la valeur du niveau de référence diagnostique (NRD) pour le panoramique dentaire, ce qui constitue un frein pour l’établissement des futurs NRD spécifiques au CBCT. Pour la radioprotection des travailleurs, les exigences réglementaires sont bien connues des praticiens et appliquées : 93 % des répondants ont désigné un conseiller en radioprotection (CRP) et des taux élevés de bonne réponse sont observés pour l’évaluation des risques (89 %), la délimitation des zones réglementées (92 %) et l’évaluation indivi‑ duelle de l’exposition (88 %). Lorsque la classification des travailleurs est établie, les exigences réglementaires associées sont respectées à 95 %. Cependant, les inspections et l’auto-évaluation mettent en évidence un déficit de formalisation et de traçabilité. Moins de la moitié (49 %) des praticiens déclarent avoir fait réaliser la vérification initiale des équipements par un organisme accrédité avant la mise en service, un écart récurrent relevé sur le terrain. De même, seulement 53 % forma‑ lisent des plans de prévention datés et signés avec les entreprises extérieures intervenant en zone délimitée. Malgré 87 % des praticiens qui estiment leur installation conforme, les inspections révèlent fréquemment des non-conformités des locaux et de signalisation (voyants non fonctionnels ou affichage du zonage incorrectement positionné). Les inspections de l’ASNR couplées aux résultats de l’analyse des grilles d’auto-évaluation soulignent la nécessité de systématiser la rédaction des comptes rendus d’actes, en veillant au report de l’en‑ semble des informations réglementaires pour tous les CBCT dentaires, à savoir la justification de l’acte et l’information dosimétrique. De plus, l’ASNR souligne le besoin de formation des praticiens afin d’améliorer la maîtrise des paramètres techniques d’optimisation, condition indis‑ pensable d’optimisation des doses, et rappelle également l’obligation de transmission des relevés dosimétriques sans lesquels les NRD ne peuvent être élaborés. Aussi, l’ASNR appelle les praticiens à se mobi‑ liser pour transmettre leur relevé dosimétrique. Enfin, une attention particulière doit être portée à la réalisation systématique des vérifica‑ tions initiales des équipements avant la première utilisation et la formalisation des procédures écrites par type d’acte. 230 Rapport de l’ASNR sur l’état de la sûreté nucléaire et de la radioprotection en France en 2025

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