LES ACTIVITÉS NUCLÉAIRES : RAYONNEMENTS IONISANTS ET RISQUES POUR LA SANTÉ ET L’ENVIRONNEMENT La radiographie peut être menée dans une installation (qui assure alors la protection physique des opérateurs par des dispositifs de radioprotection et de sécurité) ou en conditions de chantier (où une zone d’opération doit alors être matérialisée). 3.1.1 – Les différentes méthodes utilisées La gammagraphie Les appareils de gammagraphie contiennent le plus souvent des sources radioactives scellées de haute activité, principalement de l’iridium-192, du cobalt-60 ou du sélénium-75, dont l’activité peut atteindre une vingtaine de térabecquerels. Un appareil de gammagraphie est le plus souvent un appareil mobile pouvant être déplacé d’un chantier à l’autre. Il se compose principalement de : ∙un projecteur de source, servant de conteneur de stockage et assurant une protection radiologique quand la source n’est pas utilisée ; ∙une gaine d’éjection, destinée à permettre le déplacement de la source et à la guider jusqu’à l’objet à radiographier ; ∙une télécommande, permettant la manipulation à distance par l’opérateur. Lors de l’éjection de la source hors du projecteur, les débits de dose peuvent atteindre plusieurs grays par heure à 1 mètre de la source, en fonction du radionucléide et de son activité. FOCUS N°7 Gammagraphie : des accidents graves à l’étranger En France, les accidents en gammagraphie restent limités en nombre et en conséquences depuis mars 1979, où un accident avait conduit à l’amputation de la jambe d’un ouvrier qui avait ramassé et mis dans sa poche une source d’iridium-192 de 518 GBq. Cet événement avait entraîné un renforcement de la réglementation en vigueur à l’époque. Ceci ne doit pas être perçu comme un acquis, comme le rappellent les deux événements de surexposition décla‑ rés cette année à l’ASNR. L’ASNR exerce une veille sur les accidents survenus à l’étranger qui ont parfois eu des effets graves. Dans les dernières années (en 2024 aucun accident n’a été reporté à ce jour), parmi les exemples dont l’ASNR a eu connaissance et qui confirment les risques auxquels des actions inappropriées peuvent exposer les opérateurs : • en 2025, en Allemagne, un radiologue a été exposé (environ 50 millisieverts – mSv – pour le corps entier) à une source de sélenium-75. En effet, après avoir procédé à la manipulation permettant de ramener la source dans le projecteur, il est entré dans l’installation et bien que l’alarme de son dosimètre opérationnel se soit déclenchée en raison du débit d’équivalent de dose ambiant (la source s’était décrochée du câble de la télécommande et était donc présente dans le collimateur), il a néanmoins décidé de couvrir la gaine d’éjection et le colli‑ mateur avec plusieurs matelas de plomb (il serait resté 10 s à 1 m de la source) ; • en 2023, en Corée du Sud, un radiologue a été exposé (116 mSv pour le corps entier, 1 957 mSv à la main) en manipulait un gammagraphe dont la source d’irridium-192 n’était plus solidaire du câble de télécom‑ mande. En l’absence d’équipements de radioprotection suffisants, le radiologue ne s’est pas aperçu de la situation jusqu’à la fin de son travail et au développement des radios qui se sont révélées surexposées ; • en 2023, en Allemagne, un radiologue a été exposé à une dose de 71,5 mSv après être entré dans une installation alors que l’appareil électrique émettant des rayonnements ioni‑ sants mis en œuvre à l’intérieur était encore en fonctionnement. Les causes de l’événement sont toujours en cours d’investigation. Un autre radiologue a été exposé (230 mSv pour le corps entier, 546 mSv au cristallin) en plaçant sa tête pendant deux minutes dans un faisceau de rayonnements X pour aligner la pièce radiographiée, et ce en dépit des mesures de radioprotection en place (rubalise, signalisation lumineuse clignotante et avertis‑ sement sonore du dosimètre opérationnel) ; • en 2023, aux États‑Unis, un radiologue en formation a été exposé plusieurs fois, lors d’un chantier, à une source d’iridium-192 en effec‑ tuant diverses opérations (remplacement du film, déplacement de la gaine d’éjection) alors que la source était toujours positionnée dans l’embout d’irradiation en raison du décroche‑ ment du porte‑source. Au cours de cet incident, plusieurs barrières de radioprotection n’ont pas été respectées, notamment par l’absence de supervision du radiologue en formation (en particulier lors de la phase de connexion du porte‑source), l’absence de port de dosimètre, d’utilisation de radiamètre et de réalisation des vérifications du bon retour de la source dans le projecteur (contrôle du voyant, mesures, etc.). Le radiologue en formation ne s’est aperçu du problème que lors de la déconnexion de la gaine d’éjection du projecteur. La reconstitution dosimétrique (en l’absence du port d’un dosi‑ mètre) a estimé la dose efficace reçue à 75 mSv et à 258 mSv en dose aux extrémités ; • en 2022, aux États‑Unis, une équipe de trois opérateurs d’une société de contrôle non destructif procédait à des tirs de gammagra‑ phie. Un des opérateurs se trouvait à proximité de la source de cobalt-60 lorsqu’elle a été éjectée par son collègue qui n’avait pas de visuel direct. Étant donné l’environnement très sonore du chantier, l’opérateur n’a pas entendu l’alarme de ses appareils de mesure et a été exposé pendant environ une minute à une dose de 55 mSv ; • en 2022, en Belgique, un radiologue a été exposé (14 mSv corps entier, dose extrémité non précisée) à une source de sélénium-75 pendant un bref instant (60 à 90 secondes) lorsqu’il a voulu déconnecter le collimateur de l’appareil alors que la source y était encore présente. L’alarme de son dosimètre opéra‑ tionnel n’a pas fonctionné car celui‑ci n’avait plus de pile ; de plus, l’opérateur n’était pas muni de son radiamètre. C’est l’alarme du dosimètre opérationnel de son assistant qui s’est déclen‑ chée lorsque celui‑ci s’est approché de la source, qui a permis d’identifier l’incident ; • en 2022, en Hongrie, un opérateur a été exposé lors de la manipulation du collimateur et de la gaine d’éjection, à environ 134 mSv, la source de sélénium-75 n’étant pas rentrée en position de sécurité dans le projecteur ; Les données antérieures sont consultables dans les éditions précédentes de ce rapport annuel, lesquelles sont disponibles sur asnr.fr, rubriques « Information », « Publications », « Rapports de l’ASNR ». FOCUS N°6 La gammagraphie au sélénium-75 L’emploi de sélénium-75 en gammagraphie est autorisé en France depuis 2006. Mis en œuvre dans les mêmes appareils que ceux fonctionnant à l’iridium-192, l’emploi de sélénium-75 présente des avantages notables en matière de radioprotection. En effet, les débits d’équivalent de dose sont d’environ 55 millisieverts par heure et par térabecquerel (mSv/h/TBq) à 1 mètre de la source en sélénium-75, contre 130 mSv/h/TBq pour l’iridium-192. Son utilisation est possible en remplacement de l’iridium-192 dans de nombreux domaines industriels, notamment en pétrochimie ou en chaudronnerie, et permet de réduire considérablement les périmètres de sécurité mis en place et de faciliter les interventions en cas d’incident. En France, environ 13 % des appareils portables sont équipés avec une source de sélénium-75. Le déploiement du sélénium-75 a stagné ces dernières années et est même en recul depuis 2023 (20 % en 2022 et 15 % en 2023). Il semble toutefois en phase de reprise (11 % en 2024) après le contexte géopolitique de ces dernières années (sanctions contre la Russie en raison de la guerre en Ukraine) qui a nécessité une réorga‑ nisation de la filière mondiale d’approvisionnement de sources de gammagraphie, s’accompagnant notamment de retards de livraison. De nouvelles voies d’approvisionnement ont donc été mises en place ces dernières années par le fournisseur de ces sources, permettant de stabiliser la situation voire d’en améliorer les perspectives. L’ASNR encourage donc toujours l’utilisation du sélénium-75 quand elle est possible. 254 Rapport de l’ASNR sur l’état de la sûreté nucléaire et de la radioprotection en France en 2025
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