Rapport de l'ASNR 2025

d’autorisation à l’échelle internationale, souvent mise en avant par les développeurs de ces projets comme étant un prérequis pour le déploiement des PRM, est irréaliste compte tenu des spécificités de chaque pays. L’ASNR estime en revanche que l’examen conjoint par plusieurs Autorités de sûreté des options de conception d’un même projet, en amont des processus d’autorisation, est de nature à en faciliter le développement. C’est le cas de l’évaluation conjointe, menée, à l’initiative de l’ASNR, par six Autorités de sûreté européennes, sur le projet de réacteur NUWARD porté par EDF. Le conflit en Ukraine reste un sujet de préoccupation et de vigilance. Tout d’abord, des menaces constantes pèsent sur toutes les centrales nucléaires ukrainiennes en fonctionnement, à l’arrêt (Zaporijia) ou en démantèlement (Tchernobyl). Aussi, l’ASNR assure une veille continue des niveaux de radioactivité sur le territoire ukrainien et dans les pays limitrophes, et évalue les risques présentés par les installations ukrainiennes en cas d’accident qui donnerait lieu à des rejets radioactifs. Ensuite, au plan européen, l’ASNR s’implique fortement dans les actions de WENRA, d’HERCA et également d’ENSREG visant à soutenir l’Autorité de sûreté ukrainienne. Enfin, au niveau de l’AIEA, ce conflit est très prégnant au quotidien et rend délicates les discussions multilatérales sur de nombreux sujets, comme en témoignent les difficultés rencontrées pour obtenir un consensus international sur le document de conclusion de la 8e réunion internationale d’examen de la Convention commune. UNE POLITIQUE DE DIALOGUE AVEC LES PARTIES PRENANTES L’ASNR accorde une grande importance aux actions de dialogue technique, de concertation et de consultation avec l’ensemble des parties prenantes dans le cadre de ses activités de recherche, d’expertise, et de préparation des décisions. À la suite de sa création au 1er janvier 2025, l’ASNR a réaffirmé le principe de son engagement en la matière et a lancé une réflexion stratégique visant à construire sa « feuille de route » du dialogue, et, en complément de sa propre réflexion, a sollicité le HCTISN, qui lui remettra des recommandations début 2026. Prolongation du fonctionnement du parc nucléaire, nouveau nucléaire, pérennité des usines du « cycle du combustible », nouvelles installations pour l’aval du « cycle », démantèlement, gestion des déchets nucléaires, petits réacteurs modulaires, nouveaux usages des rayonnements ionisants dans le domaine médical, utilisation de l’intelligence artificielle dans le nucléaire ou encore changement climatique, constituent autant de sujets sur lesquels des échanges avec les parties prenantes apparaissent indispensables. Dans ce domaine en particulier, il importe de répondre aux enjeux locaux et l’ASNR s’appuiera pour cela sur son réseau de divisions territoriales. En 2026, l’ASNR mettra en place un Conseil scientifique. Le recueil des attentes des parties prenantes en matière de recherche et des échanges réguliers avec le HCTISN lui permettront d’identifier les thématiques prioritaires de dialogue. 1. L’extravasation est le passage accidentel d’un produit injecté par voie intraveineuse, ici le radiopharmaceutique, dans les tissus sous-cutanés environnants. LA RADIOPROTECTION DANS LE DOMAINE MÉDICAL En 2025, le niveau de radioprotection dans le domaine médical est satisfaisant, mais la persistance de fragilités et la survenue d’événements significatifs de radioprotection témoignant d’un manque de culture de radioprotection conduisent à un constat plus nuancé. Ce domaine reste marqué par de fortes contraintes en moyens et en effectifs, dans un contexte d’activité croissante et de complexification des organisations de travail pouvant faciliter une dilution des responsabilités. Des situations d’appropriation insuffisante des enjeux de radioprotection et d’inadéquation des moyens dédiés à la gestion de la qualité et des risques sont constatées lors d’inspections ou identifiées comme contributives à la survenue d’événements significatifs de radioprotection. L’ASNR souligne que le recours croissant, depuis 2023, à des prestations externes pour les fonctions de conseiller en radioprotection ou de physicien médical ne doit pas se faire au détriment de la compétence interne ni de l’attention portée aux enjeux de radioprotection, au risque d’un affaiblissement durable de la culture de radioprotection. L’étude réalisée sur la téléradiologie confirme l’importance des facteurs organisationnels et humains dans la maîtrise des risques. En curiethérapie, c’est le maintien même de l’activité qui représente un défi majeur en raison d’un manque de professionnels. Dans le domaine des pratiques interventionnelles radioguidées, même si la situation progresse légèrement dans les blocs opératoires, des manquements compromettant la radioprotection des patients, associés à un pilotage insuffisant de la physique médicale, souvent externalisée, ont donné lieu à des actions coercitives. En radiothérapie, malgré la prise de conscience par la profession de l’importance de faire vivre la culture de radioprotection, les erreurs de cible, notamment les erreurs de latéralité, restent au même niveau que les années précédentes. Avec l’augmentation du nombre de patients bénéficiant de plusieurs traitements par radiothérapie, ces erreurs de cible peuvent survenir dans un contexte de ré-irradiation, qui expose à des risques d’effets secondaires plus importants. En médecine nucléaire, le développement de la radiothérapie interne vectorisée s’accompagne de risques spécifiques aux sources non scellées, comme ceux liés à l’extravasation(1) ou à la gestion des déchets radiocontaminés. Dans son avis sur le 6e Plan national de gestion des matières et des déchets radioactifs, l’ASNR a souligné l’importance d’une réflexion spécifique, dans le cadre du débat public, sur l’évolution de la gestion des déchets et des effluents issus des activités médicales. 4 Rapport de l’ASNR sur l’état de la sûreté nucléaire et de la radioprotection en France en 2025

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