Rapport de l'ASNR 2025

dans l’atelier STE3. À la suite de l’interdiction du bitumage par l’ASN en 2008, Orano a étudié d’autres modes de conditionnement pour les boues non conditionnées ou entreposées. Le scénario concernant la reprise et le conditionnement des boues de STE2 présenté en 2010 était découpé en trois étapes : • reprise des boues entreposées dans des silos de STE2 (INB 38) ; • transfert et traitement, initialement envisagé par séchage et compactage, dans STE3 (INB 118) ; • conditionnement des pastilles obtenues en colis « C5 », en vue du stockage en couche géologique profonde. L’ASN a autorisé la première phase de travaux pour la reprise des boues de STE2 en 2015. Le décret d’autorisation de création de STE3 a été modifié par décret du 29 janvier 2016, afin de permettre l’implantation du procédé de traitement des boues de STE2. Fin 2017, Orano a cependant informé l’ASN que le procédé retenu pour le traitement des boues dans STE3 pouvait entraîner des difficultés pour l’exploitation et la maintenance des équipements. Orano a proposé un scénario alternatif par centrifugation et a transmis en août 2019 un dossier d’options de sûreté (DOS), qui repose cependant sur des hypothèses encore trop peu étayées. Une inspection réalisée fin 2019 a confirmé que le projet n’était pas suffisamment mûr pour que l’ASN puisse donner un avis sur ce DOS. En 2022, dans le cadre des échanges techniques menés entre Orano, l’ASN et l’IRSN, Orano s’est engagé sur une nouvelle feuille de route pour ce projet. Ainsi, Orano a abandonné le scénario de centrifugation et s’est engagé à mener en parallèle de nouvelles études visant d’une part à approfondir les solutions de traitement et de conditionnement des boues ; d’autre part, à mettre en place un entreposage intermédiaire (nouveaux silos) dans des conditions de sûreté satisfaisantes, permettant de dissocier la reprise et la mise en sûreté de ces boues, de leur conditionnement définitif. Orano a transmis à l’ASN le DOS associé à ce projet de création de nouveaux silos d’entreposage des boues (projet nommé « NABUCO ») en décembre 2023. Après expertise et instruction, l’ASNR s’est positionnée sur ces options de sûreté en janvier 2025. Silo 130 Le silo 130 est un entreposage enterré en béton armé, muni d’un cuvelage en acier noir utilisé pour l’entreposage à sec de déchets solides issus du traitement des combustibles des réacteurs « uranium naturel-graphite-gaz » (UNGG), ainsi que de déchets technologiques et de terres et gravats contaminés. Le silo a reçu des déchets de ce type à partir de 1973, jusqu’à son incendie en 1981, qui a contraint l’exploitant à noyer ces déchets. L’étanchéité du silo ainsi rempli d’eau n’est aujourd’hui assurée qu’au moyen d’une unique barrière de confinement, constituée d’une « peau » en acier. Par ailleurs, la structure du génie civil du silo 130 est fragilisée par son vieillissement et par l’incendie survenu en 1981. L’eau est en contact direct avec les déchets et peut contribuer à la corrosion du cuvelage en acier noir. Un des risques majeurs de cette installation concerne la dispersion des substances radioactives dans l’environnement par infiltration de l’eau contaminée dans la nappe phréatique. L’étanchéité du silo 130 est notamment surveillée par un réseau de piézomètres situés à proximité. Un autre facteur pouvant compromettre la sûreté du silo 130 est lié à la nature des substances présentes dans les déchets, comme le magnésium, qui est pyrophorique. L’hydrogène, gaz hautement inflammable, peut aussi être produit par des phénomènes de radiolyse ou de corrosion (présence d’eau). Ces éléments contribuent aux risques incendie et d’explosion. Le scénario de RCD comporte quatre étapes : • reprise et conditionnement des déchets UNGG solides ; • reprise des effluents liquides ; • reprise et conditionnement des déchets UNGG résiduels et des boues de fond de silo ; • reprise et conditionnement des terres et gravats. Projet Pérennité et Résilience Les usines de retraitement du combustible usé d’Orano La Hague sont des installations uniques en France. Elles ont été mises en service principalement entre les années 1980 et 2000. Dans l’objectif de maintenir en fonctionnement ces usines jusqu’à l’horizon 2040, Orano a mis en œuvre un programme de suivi du vieillissement des installations, appelé « Examen de Conformité Vieillissement ». Ce programme a été examiné par l’ASNR dans le cadre de l’instruction des réexamens périodiques et d’inspections. À l’issue du Conseil de politique nucléaire de février 2024, la poursuite du retraitement du combustible nucléaire usé au-delà de 2040 a été annoncée. Pour ce faire, la poursuite d’exploitation des usines de La Hague est maintenant envisagée au-delà de 2040 et jusqu’à un horizon 2050-2060 correspondant aux périodes envisagées pour la mise en service des nouvelles usines de retraitement du programme nommé « Aval du futur ». Orano a donc engagé en 2024 un programme baptisé « Pérennité / Résilience » dont l’ampleur et les objectifs dépassent le programme « Examen de conformité Vieillissement ». Ce programme conduit à raisonner sur un volume d’objets techniques notablement plus conséquent et à un horizon de temps bien supérieur à l’échelle décennale des réexamens périodiques des installations concernées. Le volet Pérennité vise ainsi à fiabiliser et maintenir l’exploitation en sûreté des installations. Il comprend dans un premier temps une étape de diagnostic visant à identifier les objets techniques dont la défaillance ou l’arrêt remettraient en cause la capacité des installations à réaliser le programme de production attendu. Cette phase d’identification porte sur les équipements chaudronnés, mais aussi sur le génie civil, sur les câbles, les tuyauteries, etc. Ce sont ainsi de l’ordre d’un million d’objets techniques qui doivent être examinés. Une fois que les équipements concernés auront été identifiés, ils feront l’objet d’une analyse de leurs modes de vieillissement et de leur durée de vie résiduelle. Des plans d’actions spécifiques seront ensuite mis en œuvre pour les réparer, les renforcer ou les remplacer si nécessaire afin de permettre un fonctionnement jusqu’à l’échéance fixée. Le volet Résilience est quant à lui destiné à sécuriser et garantir un niveau de retraitement des combustibles en sûreté. Il repose sur une analyse des risques de défaillance des installations, puis sur l’identification de solutions permettant d’y faire face. Dans ce cadre, Orano étudie plusieurs projets destinés à fournir des redondances d’équipements pour le fonctionnement des usines ou à permettre des interconnexions renforcées entre les deux usines actuelles. Depuis avril 2024, Orano présente périodiquement à l’ASNR les principes et l’avancement des travaux qu’il a engagé dans le cadre de ce programme. En novembre 2025, l’ASNR a réalisé une première inspection sur la partie pérennité et, plus spécifiquement, sur la phase d’identification des objets techniques à examiner. Celle-ci a mis en évidence le travail important déjà réalisé par les équipes d’Orano, mais l’ASNR a noté le besoin de renforcer la formalisation de la méthodologie employée et la traçabilité des travaux menés. En 2026, l’ASNR va amplifier les échanges techniques avec Orano et plusieurs inspections seront réalisées sur ce programme, afin d’apprécier sa complétude et la robustesse des actions mises en œuvre. Normandie Rapport de l’ASNR sur l’état de la sûreté nucléaire et de la radioprotection en France en 2025 77

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