Rapport de l'ASNR 2025

Appréciation portée sur le site d’Orano En 2025, l’ASNR considère que les performances de l’établissement Orano Recyclage La Hague sont satisfaisantes pour ce qui concerne la sûreté nucléaire, la protection de l’environnement et la radioprotection. En matière de sûreté nucléaire, l’ASNR relève un niveau de maîtrise satisfaisant des opérations de conduite. Dans le contexte d’évolution d’organisation lié au projet « Convergence », l’ASNR note positivement le travail effectué pour tenir compte du retour d’expérience de la première phase de ce projet et les mesures prises pour améliorer la sérénité au sein des salles de conduite mutualisées. Toutefois, des actions visant à pérenniser et contrôler la présence physique des documents d’exploitation aux endroits prédéfinis sur les installations sont attendues. L’ASNR considère également que des actions sont à mener afin de renforcer la gestion des inhibitions d’alarmes et des indisponibilités d’équipements. Concernant les contrôles périodiques, l’ASNR considère que le suivi doit être renforcé pour corriger les écarts qui ont pu être observés en 2025 en lien avec les actions d’inhibition nécessaires pour la réalisation des contrôles, la définition du contrôle technique, le délai de validation, l’intégration documentaire de modifications matérielles, ainsi qu’avec le suivi des contrôles non conformes. L’ASNR note positivement le déploiement en cours d’une organisation visant à améliorer la préparation et le suivi des arrêts pour exploitation. Toutefois, en matière d’obsolescence technologique, l’ASNR estime qu’un renforcement des actions visant à identifier des pièces de substitution pour les équipements importants pour la sûreté est attendu. De manière plus globale, la poursuite d’exploitation des usines de La Hague étant maintenant envisagée au-delà de 2040, Orano a engagé un programme baptisé « Pérennité-Résilience » dont l’ampleur et les objectifs dépassent le programme de maintenance et de suivi du vieillissement lors des réexamens. En 2025, Orano a poursuivi la montée en charge initiée en 2024 de ce programme. L’ASNR note qu’un travail conséquent d’identification des équipements à risques a été effectué, mais que celui-ci n’en est qu’à ces débuts et demande à être consolidé et accompagné par un renforcement du référentiel, des bases de données et de la traçabilité. En matière de surveillance des intervenants extérieurs, l’ASNR considère que l’organisation en place est opérationnelle, mais que celle-ci apparaît perfectible en ce qui concerne le niveau de précision des plans de surveillance et leur déclinaison à l’échelle de l’atelier, la rigueur de remplissage des compte rendus de surveillance et la surveillance des sous-traitants des prestataires d’Orano. En matière de gestion du risque incendie, l’ASNR relève positivement la bonne participation des personnels aux exercices mis en œuvre par les inspecteurs. En revanche, des améliorations sont attendues afin de corriger les écarts observés en matière de gestion des charges calorifiques et des ruptures de sectorisation lors des chantiers, sans analyse formalisée. De même, les actions engagées afin d’identifier, justifier ou corriger les écarts aux normes en ce qui concerne la maintenance et les contrôles périodiques des équipements concourant à la maîtrise du risque d’incendie sont à poursuivre. L’année 2025 a été marquée par un incendie survenu en zone contrôlée lors d’opérations de démantèlement de l’atelier MAPu, il conviendra d’en tirer le retour d’expérience tant au niveau des analyses de risque incendie, qu’au niveau interven- tionnel. Concernant la radioprotection et les événements significatifs déclarés dans ce domaine, l’ASNR remarque que les facteurs humains sont prédominants, sans remettre en cause l’organisation actuellement définie. Sur la gestion des sources scellées, l’ASNR estime que l’exploitant doit consolider le suivi des sources radioactives en service et veiller à prendre les dispositions pour respecter le plan d’action relatif à l’élimination des sources scellées hors service et/ ou périmées. Par ailleurs, la modernisation et la dématérialisation globale des outils utilisés pour la radioprotection en cours représentent une évolution importante, l’ASNR restera donc vigilante aux conséquences, tant humaines que matérielles, que pourront engendrer ces nombreux changements. S’agissant de la protection de l’environnement en 2025, l’ASNR relève plusieurs événements ayant conduit au dépassement de valeurs limites encadrant les rejets de l’établissement dans le milieu naturel. Il convient de renforcer les dispositions techniques et organisationnelles permettant d’assurer le respect des prescriptions, en particulier au sein du procédé de traitement des effluents de l’INB 118. L’ASNR observe également que les actions visant à renforcer la définition et l’appropriation des dispositions de maîtrise des risques non radiologiques sur l’établissement doivent être poursuivies, dans la continuité de différents constats formulés au cours de l’instruction de la mise à jour de l’étude des dangers. Il conviendra par ailleurs de concrétiser à l’échelle de l’établissement l’ensemble des actions initiées dans le cadre de l’analyse de l’événement d’une fuite d’acide nitrique sur un parc de stockage de réactifs survenue en 2024, et d’en évaluer l’efficacité. L’ASNR a poursuivi l’examen de l’avancement des actions engagées dans la perspective d’un retour au fonctionnement nominal de l’ouvrage hydraulique du barrage des Moulinets. En 2024, l’ASN avait mis en demeure Orano Recyclage de se conformer aux dispositions réglementaires visant à restaurer l’état des installations du barrage. À l’issue de cet examen, l’ASNR considère que les actions mises en œuvre par Orano répondent aux demandes de la mise en demeure, mais qu’il conviendra de produire à moyen terme un bilan détaillé du retour d’expérience opérationnel. L’ASNR note le maintien d’une organisation satisfaisante pour les transports externes et internes de substances radioactives. En matière d’événements, l’ASNR relève une situation globalement similaire à l’année 2024 pour le transport sur voie publique, mais une augmentation significative des événements pour les transports internes. L’ASNR constate en particulier la récurrence d’événements liés à la mauvaise fermeture des conteneurs présents dans certain type de colis et à des défauts de traçabilité ou de localisation de colis. Ces écarts avaient déjà été constatés par le passé et appellent des actions de la part d’Orano. Par ailleurs, l’exploitant a finalisé la mise en place des améliorations des systèmes de transport interne sur le modèle EMEM. Cependant, l’exploitant a déploré des difficultés d’exploitation liées à l’allongement du temps de passage dans les ateliers. Afin d’y palier, Orano a mis en œuvre une nouvelle filière de transports internes dénommée « EMICA » pour les contenus les moins actifs. Il est attendu un retour d’expérience en 2026 de la mise en œuvre de cette nouvelle filière. ************* Au cours de l’année 2025, Orano a poursuivi les opérations de démantèlement, y compris de reprise et conditionnement de déchets anciens (RCD) pour l’ensemble industriel UP2-400 du site de La Hague. Toutefois, deux événements marquants de l’année, concernant la survenue du départ de feu sur le chantier de reprise du bitume dans l’atelier MAPu et la contamination au sol dans le hall des bassins SAT/SAR de l’atelier STE2, ont conduit à des arrêts de chantier avec retards dans les projets de démantèlement. De manière générale, le projet de démantèlement de l’atelier HAPF et le projet de RCD du silo 130, qui concernent les installations contributrices majeures au terme source mobilisable en cas d’incident de l’ensemble industriel UP2-400 en démantèlement, ont accusé de nouveaux retards en 2025 : • Les opérations de rinçage des équipements de l’atelier HAPF, qui sont un préalable nécessaire à son démantèlement, n’ont pas pu être réalisées cette année encore en raison du délai de transmission par Orano d’éléments techniques nécessaires à la prolongation de l’exploitation des évaporateurs de l’atelier au-delà de l’échéance réglementaire de fin 2024. Cette autorisation a été signée par l’ASNR le 25 novembre 2025. • L’objectif de fûts de déchets solides repris dans le silo 130 ne sera pas atteint pour l’année 2025 en raison de nouvelles défaillances d’équipements et ce, malgré les dispositions techniques et organisationnelles mises en place dans le cadre du projet de fiabilisation. L’ASNR considère qu’Orano doit poursuivre ses efforts pour améliorer la maintenance préventive des installations afin de garantir une cadence nominale de production permettant de finaliser la fin de la reprise des déchets solides en fin d’année 2027, date opérationnelle sans marge. Des difficultés sont également observées sur les étapes ultérieures du projet, en particulier sur la phase à venir de reprise des effluents, ce qui contribue également à retarder la baisse du terme source dans l’installation. Une consolidation du planning est en cours. Pour le cas du silo HAO dont l’objectif de démarrage des opérations de reprise est désormais fixé au plus tard à 2032, de nouveaux équipements ont été intégrés dans la cellule de reprise en 2025. L’indicateur relatif à la livraison des équipements mécaniques a progressé mais reste toujours inférieur à l’objectif. L’ASNR relève par ailleurs que la recherche d’un nouveau fournisseur pour le dispositif de reprise des déchets de fond de silo vient apporter une incertitude sur l’échéance de reprise des essais. Plus généralement, une consolidation du planning est en cours à des fins de priorisation. Par ailleurs, l’ASNR relève favorablement les avancées des opérations dans la zone Nord-Ouest de l’établissement de La Hague pour ce qui concerne la fin du démantèlement des fosses ECH, les projets relatifs à la fosse 2 et au chantier d’investigation de la tranchée C’, avec passage en études d’exécution en vue d’aménagements en 2026. Concernant plus particulièrement le Parc aux ajoncs, Orano devra prendre toutes les dispositions pour ne pas retarder les opérations d’assainissement. Dans le cadre d’un réexamen de sûreté, Orano s’est engagé à déconstruire les étages supérieurs de l’atelier MAPu pour supprimer les interactions entre cet atelier et l’atelier BST1 en cas de séisme. Sur ce projet, l’ASNR a relevé favorablement la fin du désamiantage, des travaux de maçonnerie et de traitement du génie civil ainsi que les vérifications de déclassement pour un transfert en fin d’année 2025 aux équipes en charge de la déconstruction. Toujours en lien avec un réexamen de sûreté, l’ASN a édicté dans la décision n°2019-CD-0673 de l’ASN du 25 juin 2019, une prescription relative à l’arrêt de l’utilisation des caniveaux dits « actifs » de première génération de l’usine UP2-400 pour l’exploitation des usines après fin 2024. Orano n’ayant pas respecté cet engagement, l’ASNR a encadré le 1er juillet 2025 les échéances de mise en conformité par une mise en demeure. Malgré le renforcement de la gestion des interfaces dans le cadre de la conduite du démantèlement global de l’ensemble UP2-400, l’exploitant devra porter une attention particulière aux interfaces entre le démantèlement et les modifications ponctuelles des installations. S’agissant du maintien en conditions opérationnelles des installations en démantèlement, l’ASNR considère qu’Orano devra supprimer les infiltrations dans l’atelier HAO Sud et poursuivre la démarche initiée en 2024 d’analyse de la réalisation des contrôles et essais périodiques pour les équipements du périmètre du démantèlement. Normandie 78 Rapport de l’ASNR sur l’état de la sûreté nucléaire et de la radioprotection en France en 2025

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