L’investigation épidémiologique est une tâche complémen-
taire de la surveillance. Les études épidémiologiques ont
vocation à mettre en évidence une association entre un
facteur de risque et la survenue d’une maladie, entre une
cause possible et un effet, ou tout au moins à permettre
d’affirmer que l’existence d’une telle relation causale pré-
sente une très forte probabilité. La difficulté intrinsèque
à mener ces études est à rappeler, de même que la diffi-
culté à conclure de façon convaincante lorsque le délai
d’apparition de la maladie est long ou encore lorsque le
nombre de cas attendus est faible, ce qui est notamment
la morbidité
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et la mortalité par cancer après exposition
aux rayonnements ionisants, et de décrire les relations
dose-effets, souvent à la base de la réglementation actuelle.
D’autres travaux épidémiologiques ont permis de mettre
en évidence, chez les patients traités par radiothérapie,
une augmentation statistiquement significative des cancers
(effets secondaires) imputables aux rayonnements ioni-
sants. Citons également l’accident de Tchernobyl qui, du
fait de l’iode radioactif rejeté, a provoqué dans les régions
proches du lieu de l’accident un excès de cancers de la
thyroïde après irradiation pendant l’enfance.
Le risque de cancer radio-induit apparaît pour différents
niveaux d’exposition et n’est pas lié à un dépassement de
seuil. Il se manifeste par un accroissement de la probabi-
lité de cancer pour une population d’âge et de sexe don-
nés. On parle alors d’effets probabilistes, stochastiques
ou aléatoires.
Établis auplan international, les objectifs de santé publique
de la radioprotection visent à éviter l’apparition des effets
déterministes et à réduire la probabilité d’apparition de
cancers liés à une exposition aux rayonnements ionisants,
aussi appelés cancers radio-induits; l’ensemble des résul-
tats des études semble indiquer que les cancers radio-induits constituent le risque sanitaire prépondérant lié à
l’exposition aux rayonnements ionisants.
1.2 L’évaluation des risques liés
aux rayonnements ionisants
La surveillance des cancers en France est fondée sur
14 registres généraux situés en métropole (couvrant
18départements et l’agglomération lilloise) et trois dans les
départements d’outre-mer. Il faut y ajouter 12 registres spé-
cialisés: neuf registresdépartementauxcouvrant 16départe-
mentsmétropolitains, deux registres nationauxdes cancers
de l’enfant de moins de quinze ans concernant les hémo-
pathiesmalignes et les tumeurs solides et un registremul-
ticentrique du mésothéliome pour la France entière.
Dans une zone couverte par un registre, l’objectif est de
mettre enévidencedesdifférencesde répartitionspatiale, de
dégager des évolutions temporelles en termes d’augmenta-
tionoude diminutiond’incidence des différentes localisa-
tions cancéreuses, ou encore de repérer un agrégat de cas.
Àvocationdescriptive, cemode de surveillance ne permet
pas toutefois demettre en évidence un liende cause à effet
entre une exposition aux rayonnements ionisants et des
cancers, étant entendu que d’autres facteurs environne-
mentaux peuvent être suspectés. D’autre part, il est à noter
que les registres départementaux ne couvrent pas néces-
sairement les régions proches des installations nucléaires.
1. Nombre de personnes souffrant d’une maladie donnée pendant
un temps donné, en général une année, dans une population.
Les conclusions du séminaire ASN
sur les risques de leucémies liées à
une exposition aux rayonnements ionisants
Dans le cadre des groupes permanents d’experts en
radioprotection de l’ASN, un séminaire, intitulé « Risques
de leucémies et exposition aux rayonnements ionisants »,
a été organisé par l’ASN le 9 juin 2015. Il a réuni environ
60 personnes, membres des GPRADE* et GPMED**,
représentants d’organismes de recherche nationaux et
internationaux, médecins, représentants des institutions
concernées ou associations de patients et membres du comité
scientifique de l’ASN. L’objectif était de faire le point sur
les connaissances actuelles sur le risque de leucémies chez
l’enfant et l’adulte vis-à-vis des expositions aux rayonnements
ionisants, en tenant compte des caractéristiques de l’exposition
aux radiations (aiguë ou chronique, externe ou interne, âge
au moment de l’exposition…) et en faisant la synthèse des
facteurs de risque autres que les radiations, connus ou suspectés.
Parmi les conclusions du séminaire, on peut noter :
• l’existence de preuves solides que l’exposition
aux rayonnements ionisants est un des facteurs de risque
de leucémie ;
• l’importance de poursuivre l’étude du taux d’incidence
de la leucémie infantile à proximité des installations
nucléaires avec une attention particulière pour la tranche
d’âge 0-4 ans, en y associant une meilleure description
de la population locale (mode de vie et exposition) ;
• la nécessité de renforcer l’interdisciplinarité (épidémiologie,
médecine, dosimétrie, statistique) et le partage de
compétences a été également soulignée. Le développement
d’une couverture nationale par les registres de cancers
a fait progresser la solidité des études épidémiologiques.
Il conviendrait maintenant de compléter ces informations
par une caractérisation des différents types de leucémies
et par des données dosimétriques robustes ;
• enfin, la poursuite de l’harmonisation des protocoles
des études aux niveaux national et international en vue
d’études conjointes doit être poursuivie afin de disposer
d’une plus grande puissance statistique pour accroître
la confiance dans les résultats.
À NOTER
* Groupe permanent d’experts en radioprotection, pour les
applications industrielles et de recherche des rayonnements
ionisants, et en environnement.
** Groupe permanent d’experts en radioprotection pour les
applications médicales et médico-légales des rayonnements
ionisants.
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CHAPITRE 01 :
LES ACTIVITÉS NUCLÉAIRES : RAYONNEMENTS IONISANTS ET RISQUES POUR LA SANTÉ ET L’ENVIRONNEMENT
Rapport de l’ASN sur l’état de la sûreté nucléaire et de la radioprotection en France en 2015




