Table of Contents Table of Contents
Previous Page  47 / 536 Next Page
Information
Show Menu
Previous Page 47 / 536 Next Page
Page Background

L’investigation épidémiologique est une tâche complémen-

taire de la surveillance. Les études épidémiologiques ont

vocation à mettre en évidence une association entre un

facteur de risque et la survenue d’une maladie, entre une

cause possible et un effet, ou tout au moins à permettre

d’affirmer que l’existence d’une telle relation causale pré-

sente une très forte probabilité. La difficulté intrinsèque

à mener ces études est à rappeler, de même que la diffi-

culté à conclure de façon convaincante lorsque le délai

d’apparition de la maladie est long ou encore lorsque le

nombre de cas attendus est faible, ce qui est notamment

la morbidité

1

et la mortalité par cancer après exposition

aux rayonnements ionisants, et de décrire les relations

dose-effets, souvent à la base de la réglementation actuelle.

D’autres travaux épidémiologiques ont permis de mettre

en évidence, chez les patients traités par radiothérapie,

une augmentation statistiquement significative des cancers

(effets secondaires) imputables aux rayonnements ioni-

sants. Citons également l’accident de Tchernobyl qui, du

fait de l’iode radioactif rejeté, a provoqué dans les régions

proches du lieu de l’accident un excès de cancers de la

thyroïde après irradiation pendant l’enfance.

Le risque de cancer radio-induit apparaît pour différents

niveaux d’exposition et n’est pas lié à un dépassement de

seuil. Il se manifeste par un accroissement de la probabi-

lité de cancer pour une population d’âge et de sexe don-

nés. On parle alors d’effets probabilistes, stochastiques

ou aléatoires.

Établis auplan international, les objectifs de santé publique

de la radioprotection visent à éviter l’apparition des effets

déterministes et à réduire la probabilité d’apparition de

cancers liés à une exposition aux rayonnements ionisants,

aussi appelés cancers radio-induits; l’ensemble des résul-

tats des études semble indiquer que les cancers radio-induits constituent le risque sanitaire prépondérant lié à

l’exposition aux rayonnements ionisants.

1.2 L’évaluation des risques liés

aux rayonnements ionisants

La surveillance des cancers en France est fondée sur

14 registres généraux situés en métropole (couvrant

18départements et l’agglomération lilloise) et trois dans les

départements d’outre-mer. Il faut y ajouter 12 registres spé-

cialisés: neuf registresdépartementauxcouvrant 16départe-

mentsmétropolitains, deux registres nationauxdes cancers

de l’enfant de moins de quinze ans concernant les hémo-

pathiesmalignes et les tumeurs solides et un registremul-

ticentrique du mésothéliome pour la France entière.

Dans une zone couverte par un registre, l’objectif est de

mettre enévidencedesdifférencesde répartitionspatiale, de

dégager des évolutions temporelles en termes d’augmenta-

tionoude diminutiond’incidence des différentes localisa-

tions cancéreuses, ou encore de repérer un agrégat de cas.

Àvocationdescriptive, cemode de surveillance ne permet

pas toutefois demettre en évidence un liende cause à effet

entre une exposition aux rayonnements ionisants et des

cancers, étant entendu que d’autres facteurs environne-

mentaux peuvent être suspectés. D’autre part, il est à noter

que les registres départementaux ne couvrent pas néces-

sairement les régions proches des installations nucléaires.

1. Nombre de personnes souffrant d’une maladie donnée pendant

un temps donné, en général une année, dans une population.

Les conclusions du séminaire ASN

sur les risques de leucémies liées à

une exposition aux rayonnements ionisants

Dans le cadre des groupes permanents d’experts en

radioprotection de l’ASN, un séminaire, intitulé « Risques

de leucémies et exposition aux rayonnements ionisants »,

a été organisé par l’ASN le 9 juin 2015. Il a réuni environ

60 personnes, membres des GPRADE* et GPMED**,

représentants d’organismes de recherche nationaux et

internationaux, médecins, représentants des institutions

concernées ou associations de patients et membres du comité

scientifique de l’ASN. L’objectif était de faire le point sur

les connaissances actuelles sur le risque de leucémies chez

l’enfant et l’adulte vis-à-vis des expositions aux rayonnements

ionisants, en tenant compte des caractéristiques de l’exposition

aux radiations (aiguë ou chronique, externe ou interne, âge

au moment de l’exposition…) et en faisant la synthèse des

facteurs de risque autres que les radiations, connus ou suspectés.

Parmi les conclusions du séminaire, on peut noter :

• l’existence de preuves solides que l’exposition

aux rayonnements ionisants est un des facteurs de risque

de leucémie ;

• l’importance de poursuivre l’étude du taux d’incidence

de la leucémie infantile à proximité des installations

nucléaires avec une attention particulière pour la tranche

d’âge 0-4 ans, en y associant une meilleure description

de la population locale (mode de vie et exposition) ;

• la nécessité de renforcer l’interdisciplinarité (épidémiologie,

médecine, dosimétrie, statistique) et le partage de

compétences a été également soulignée. Le développement

d’une couverture nationale par les registres de cancers

a fait progresser la solidité des études épidémiologiques.

Il conviendrait maintenant de compléter ces informations

par une caractérisation des différents types de leucémies

et par des données dosimétriques robustes ;

• enfin, la poursuite de l’harmonisation des protocoles

des études aux niveaux national et international en vue

d’études conjointes doit être poursuivie afin de disposer

d’une plus grande puissance statistique pour accroître

la confiance dans les résultats.

À NOTER

* Groupe permanent d’experts en radioprotection, pour les

applications industrielles et de recherche des rayonnements

ionisants, et en environnement.

** Groupe permanent d’experts en radioprotection pour les

applications médicales et médico-légales des rayonnements

ionisants.

47

CHAPITRE 01 :

LES ACTIVITÉS NUCLÉAIRES : RAYONNEMENTS IONISANTS ET RISQUES POUR LA SANTÉ ET L’ENVIRONNEMENT

Rapport de l’ASN sur l’état de la sûreté nucléaire et de la radioprotection en France en 2015