le cas pour des expositions faibles de quelques dizaines de
millisieverts (mSv). Les cohortes comme celle d’Hiroshima
et Nagasaki ont clairement mis en évidence un excès de
cancers, alors que l’exposition moyenne est de l’ordre de
200 mSv ; des études sur des travailleurs du nucléaire,
publiées durant ces dernières années, suggèrent des risques
de cancer à des doses plus faibles.
Ces résultats soutiennent la justification d’une protec-
tion radiologique des populations exposées aux faibles
doses de rayonnements ionisants (travailleurs de l’indus-
trie nucléaire, personnelsmédicaux, expositionmédicale
diagnostique…).
Dans une optique de gestion du risque aux faibles doses,
l’évaluation des risques est faite en extrapolant les risques
observés auxplus fortes doses. Ce calcul donneune estima-
tiondes risques encourus lors d’une exposition aux faibles
doses de rayonnements ionisants. Pour ces estimations,
l’hypothèseprudented’une relation linéaire sans seuil entre
l’exposition et le nombre de décès par cancer a été adop-
tée à l’échelle internationale. Cette hypothèse implique
qu’il n’existe pas de seuil de dose en dessous duquel on
pourrait affirmer qu’il n’y a pas d’effet. La légitimité de ces
estimations et de cette hypothèse reste cependant contro-
versée auplan scientifique, des études à très grande échelle
étant nécessaires pour étoffer cette hypothèse.
Sur la base des synthèses scientifiques de l’UNSCEAR
(
voir
encadré ci-contre), laCommission internationale de pro-
tection radiologique (CIPR) (voir publication CIPR 103,
chapitre 3, point 1.1.1) a publié les coefficients de risque
de décès par cancer dû aux rayonnements ionisants, soit
4,1 % d’excès de risque par sievert (Sv) pour les travail-
leurs et 5,5 % par sievert pour la population générale.
L’évaluation du risque de cancer du poumon dû au radon
(le radon est ungaz radioactif naturel, descendant de l’ura-
niumet du thorium, émetteur de particules alpha et classé
cancérigènepulmonaire certainpar leCIRC) repose sur un
grandnombred’études épidémiologiques, réaliséesdirecte-
ment dans l’habitat, enFrance et à l’échelle internationale.
Elles ont permis de décrire une relation linéaire, même
pour des expositions faibles (200 becquerels par mètre
cube (Bq/m
3
)) sur une durée de vingt à trente ans.
L’Organisation mondiale de la santé (OMS) en a fait une
synthèse et recommande, pour le public, un niveau d’ex-
position annuellemaximale situé entre 100 et 300 Bq/m
3
.
La CIPR (publication 115) a comparé les risques de can-
cer du poumon observés dans le cadre des études sur les
mineursd’uraniumavec ceuxobservés enpopulationgéné-
rale et a conclu à une très bonne concordance des risques
observés dans ces deux conditions d’exposition au radon.
Les recommandations de laCIPR confortent celles émises
par l’OMS, qui considère que le radon constitue, après le
tabac, leplus grand facteur de risquede cancer dupoumon.
En France métropolitaine, environ 19 millions de per-
sonnes, réparties dans près de 9 400 communes, sont
potentiellement exposées au radon. Selon l’Institut de
veille sanitaire (InVS) (2007), entre 1200 et 2900 décès
La dernière publication du Centre international
de recherche contre le cancer – CIRC (2015)
sur la mortalité par cancer des travailleurs
employés dans l’industrie nucléaire*
La publication en 2015 par l’OMS (CIRC, Lyon,
www.iarc.fr)
de la mortalité par cancer de travailleurs français, américains
et britanniques employés dans l’industrie nucléaire (préparation
du combustible, recherche, production d’électricité, retraitement
des combustibles irradiés) et ayant porté des dosimètres
individuels, a permis de mieux connaître les risques pour
des irradiations externes, certes faibles mais qui se cumulent
sur la durée de vie professionnelle. La population étudiée
inclut plus de 300 000 travailleurs, la cohorte française étant
constituée de 59 000 travailleurs d’Areva NC, du CEA et d’EDF.
La durée de suivi moyenne de ces travailleurs est
de vingt-sept ans. La dose moyenne est de 25 mSv cumulés
sur la durée de vie professionnelle (en moyenne quinze ans).
La dose annuelle moyenne est inférieure à 2 mSv. 94 %
des individus ont cumulé moins de 100 mSv. Parmi les 6 %
d’individus dont la dose cumulée dépasse 100 mSv, 75 % ont
commencé à travailler avant les années 1970 et leur dose
cumulée moyenne est de 223 mSv.
Une première publication en juin 2015 a montré une
augmentation du risque de leucémies en fonction de la dose
cumulée. Une deuxième publication en octobre 2015 montre
que le risque de cancers autres que les leucémies augmente
également en fonction de la dose cumulée, soit d’environ 4 %
pour une augmentation de 100 mSv.
Ces résultats ont été observés sur un total de 66 600 décès
dont 19 064 par cancers à l’exception des leucémies. À partir
de la relation dose-risque estimée, il apparaît que la proportion
de décès attribuable à l’exposition externe aux rayonnements
au sein de cette population de travailleurs est de l’ordre de
1 % de l’ensemble des 19 064 décès par cancer hors leucémie
observés.
La relation observée est stable (peu d’hétérogénéité entre
les pays, variations de faible ampleur dans les analyses
de sensibilité). Pour évaluer l’existence d’un biais potentiel
dû au tabac, les cancers du poumon ont été exclus de l’analyse ;
cette exclusion a eu peu d’impact sur l’estimation du risque.
La relation dose-risque observée dans cette étude est
cohérente avec celles observées dans d’autres études,
en particulier chez les survivants de Hiroshima et Nagasaki
et montre que le risque aux faibles doses étalées dans le
temps n’est pas différent de celui observé pour la même dose
d’irradiation reçue en quelques secondes.
À NOTER
* Les nouveaux résultats concernant le risque de décès par cancer
autre que leucémie ont été publiés dans la revue
British Medical
Journal
, ceux sur le risque leucémie dans le journal
Lancet
.
48
CHAPITRE 01 :
LES ACTIVITÉS NUCLÉAIRES : RAYONNEMENTS IONISANTS ET RISQUES POUR LA SANTÉ ET L’ENVIRONNEMENT
Rapport de l’ASN sur l’état de la sûreté nucléaire et de la radioprotection en France en 2015




