Dès lors, des questions délicates, dont certaines dépassent
le cadre de la radioprotection, peuvent se poser :
•
si des tests permettant d’évaluer le niveau de la radio
sensibilité individuelle sont rendus disponibles, le dépis-
tage avant toute radiothérapie ou des examens répétés
de scanographie doit-il être recommandé?
•
doit-on rechercher le niveau de radiosensibilité d’un
travailleur susceptible d’être exposé aux rayonnements
ionisants?
•
la réglementation générale devra-t-elle prévoir une pro-
tection particulière pour les personnes concernées par
une radiosensibilité élevée aux rayonnements ionisants ?
Ces interrogations soulèvent notamment des questions
d’éthique en raison de l’utilisation qui pourrait être faite
des résultats de tests de radiosensibilité individuelle (dis-
crimination au niveau de l’emploi par exemple).
Quoi qu’il en soit, il convient de ne pas exposer inutile-
ment, c’est-à-dire sans justification, des personnes aux
rayonnements ionisants. Les enfants doivent faire l’objet
d’une attention particulière lors d’expositions aux rayon-
nements ionisants à des fins médicales.
Après la publication en 2014 des conclusions du sémi-
naire organisé par l’ASN le 16 décembre 2013, l’ASNreste
attentive aux avancées des connaissances et des réflexions
menées au niveau international (CIPR notamment) pour
anticiper les décisions réglementaires qui pourront ou
devront être prises.
1.3.2 Les effets des faibles doses
La relation linéaire sans seuil.
L’hypothèse de cette rela-
tion, retenue pour modéliser l’effet des faibles doses sur
la santé (voir point 1.2), aussi commode soit-elle sur un
plan réglementaire, aussi prudente soit-elle sur un plan
sanitaire, n’a pas toute l’assise voulue sur un plan scien-
tifique. Certains estiment que les effets des faibles doses
pourraient être supérieurs, d’autres pensent que ces doses
pourraient n’avoir aucun effet en deçà d’un certain seuil ;
certains affirmentmême que des faibles doses ont un effet
bénéfique. La recherche en biologie moléculaire et cellu-
laire progresse, les études épidémiologiques menées sur
des cohortes importantes aussi.Mais, face à la complexité
des phénomènes de réparation et de mutation de l’ADN,
face aux limitesméthodologiques de l’épidémiologie, des
incertitudes demeurent et la précaution s’impose pour les
décideurs publics.
La dose, le débit de dose et la contamination chro-
nique.
Les études épidémiologiques réalisées sur les per-
sonnes exposées aux bombardements d’Hiroshima et de
Nagasaki ont permis de mieux connaître les effets des
rayonnements sur la santé, pour des expositions dues à
une irradiation externe (exposition externe) en quelques
fractions de seconde, à forte dose et fort débit de dose
de rayonnements ionisants. Les études menées dans les
pays les plus touchés par l’accident de Tchernobyl (la
Biélorussie, l’Ukraine et la Russie) ont aussi fait avancer les
connaissances sur l’effet des rayonnements sur la santépour
des expositions dues à la contamination interne (exposi-
tion interne) notamment à l’iode radioactif. Les études sur
les travailleurs du nucléaire ont permis demieux préciser
le risque pour des expositions chroniques établies sur de
nombreuses années, que ce soit le résultat d’expositions
externes ou de contaminations internes.
Les effets héréditaires.
La survenue d’éventuels effets
héréditaires des rayonnements ionisants chez l’homme
reste incertaine. De tels effets n’ont pas été observés chez
les survivants des bombardements d’Hiroshima et deNaga-
saki. Cependant, les effets héréditaires ont été bien docu-
mentés dans des travaux expérimentaux chez l’animal: les
mutations induites par les rayonnements ionisants dans les
cellules germinales sont transmissibles à la descendance.
La mutation récessive d’un gène sur un chromosome ne
donnera aucun signe clinique ou biologique tant que le
même gène porté par l’autre chromosome homologue ne
sera pas atteint; si elle n’est pas nulle, la probabilité de ce
type d’événement reste cependant faible.
La protection de l’environnement.
La radioprotection
a pour but d’empêcher ou de réduire les effets nocifs des
rayonnements ionisants sur les personnes, directement
ou indirectement, y compris par l’effet des atteintes por-
tées à l’environnement. Au-delà de la protection de l’en-
vironnement orientée vers la protection de l’homme et
des générations présentes ou futures, la protection des
espèces non humaines fait partie en tant que telle de la
protection de l’environnement prescrite en France par
la charte constitutionnelle de l’environnement. Ce sujet
Irradiateur de cellules sanguines.
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CHAPITRE 01 :
LES ACTIVITÉS NUCLÉAIRES : RAYONNEMENTS IONISANTS ET RISQUES POUR LA SANTÉ ET L’ENVIRONNEMENT
Rapport de l’ASN sur l’état de la sûreté nucléaire et de la radioprotection en France en 2015




