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est maintenant pris en compte par la CIPR depuis 2007

(CIPR 103) et la manière pratique de traiter la protection

de la nature au nom de l’intérêt propre des espèces ani-

males et végétales a fait l’objet de plusieurs publications

depuis 2008 (CIPR 108, 114 et 124).

1.3.3 La signature radiologique des cancers

Il n’est actuellement pas possible de faire la différence entre

un cancer radio-induit et un cancer qui ne le serait pas. En

effet, les lésions provoquées par les rayonnements ioni-

sants au niveau moléculaire ne semblent pas différentes

de celles qui résultent dumétabolisme cellulaire normal,

avec l’implication dans les deux cas de radicaux libres,

en particulier oxygénés. De plus, ni l’examen anatomo-

pathologique ni la recherche de mutations spécifiques

n’ont permis de différencier jusqu’à présent une tumeur

radio-induite d’une tumeur sporadique.

On sait qu’aux premières étapes de la carcinogenèse, une

cellule apparaît présentant une combinaison particulière

de lésions de l’ADN lui permettant d’échapper au contrôle

habituel de la division cellulaire et qu’il faut une dizaine à

une centaine de lésions de l’ADN(mutations, cassures…)

en des points névralgiques pour franchir ces étapes. Tous

les agents capables de léser l’ADNcellulaire (tabac, alcool,

produits chimiques variés, rayonnements ionisants, tempé-

rature élevée, autres facteurs d’environnement notamment

nutritionnels, radicaux libres du métabolisme cellulaire

normal…) contribuent auvieillissement cellulaire et

in fine

à la carcinogenèse.

Dansune approchemultirisquede la carcinogénèse, peut-on

alors continuer à parler de cancers radio-induits ? Oui,

compte tenudes nombreuses données épidémiologiques

qui indiquent que la fréquence des cancers augmente

lorsque la dose augmente, mais l’approche est certaine-

ment plus complexe, un cancer résultant, dans certains

cas, d’une accumulation de lésions provenant de facteurs

de risques différents. Cependant, l’événement radio-induit

peut aussi être le seul en cause dans certains cas (cancers

radio-induits chez les enfants).

La mise en évidence d’une signature radiologique des

cancers, c’est-à-dire la découverte de marqueurs per-

mettant de signer l’éventuelle composante radio-induite

d’une tumeur, serait d’un apport considérable dans l’éva-

luation des risques liés aux expositions aux rayonne-

ments ionisants.

Le caractère multifactoriel de la carcinogenèse plaide

pour une approche de précaution vis-à-vis de tous les

facteurs de risques, puisque chacun d’eux est susceptible

de contribuer à une altération de l’ADN. C’est particu-

lièrement important chez les personnes présentant une

radiosensibilité individuelle élevée et pour les organes

les plus sensibles comme le sein et la moelle osseuse, et

ce d’autant plus que les personnes sont jeunes. Les prin-

cipes de justification et d’optimisation trouvent là toute

leur place (voir chapitre 2).

2. LES DIFFÉRENTES SOURCES

DE RAYONNEMENTS IONISANTS

2.1 Les rayonnements d’origine

naturelle

En France, l’exposition à la radioactivité naturelle, sous

ses différentsmodes (cosmique ou tellurique), représente

enmoyenne environ65 %de l’exposition totale annuelle.

2.1.1 Les rayonnements d’origine naturelle

d’origine terrestre (hors radon)

Les radionucléides naturels d’origine terrestre sont pré-

sents à des teneurs diverses dans tous les milieux consti-

tutifs de notre environnement et de l’organisme humain.

Ils conduisent à une exposition externe de la population

du fait des rayonnements gamma émis par les produits

de filiation de l’uranium-238 et du thorium-232 et par

le potassium-40 présent dans les sols, mais aussi à une

exposition interne par inhalation de particules remises

en suspension, par ingestion de denrées alimentaires ou

d’eau de consommation.

Les teneurs en radionucléides naturels dans les sols sont

extrêmement variables. Les valeurs les plus élevées des

débits de dose d’exposition externe, à l’air libre, s’éche-

lonnent enFrance, selon les régions, entre quelques nano-

sieverts/heure (nSv/h) et 100 nSv/h.

Les valeurs de débit de dose à l’intérieur des habitations

sont généralement plus élevées du fait de la contribution

des matériaux de construction (environ 20 % en plus,

en moyenne).

À partir d’hypothèses sur les taux de présence des indivi-

dus à l’intérieur et à l’extérieur des habitations (respecti-

vement 90 %et 10 %), la dose efficace annuellemoyenne

due à l’exposition externe aux rayonnements gamma d’ori-

gine tellurique est estimée en France à environ 0,5 mSv

par personne et par an.

Les doses dues à l’exposition interne d’origine naturelle

varient selon les quantités incorporées de radionucléides

des familles de l’uranium et du thorium

via

la chaîne ali-

mentaire, lesquelles dépendent des habitudes alimentaires

de chacun. Selon l’UNSCEAR (2000), la dosemoyenne par

individu serait de l’ordre de 0,23 mSv par an. La concen-

trationmoyenne dupotassium-40dans l’organisme repré-

sente environ55 becquerels par kilogramme ; il en résulte

unedose efficace annuellemoyennede l’ordrede 0,18 mSv.

Leseauxdestinéesàlaconsommationhumaine,notamment

celles d’origine souterraine, ainsi que les eaux minérales,

se chargent en radionucléides naturels du fait de la nature

des couches géologiques dans lesquelles elles séjournent.

51

CHAPITRE 01 :

LES ACTIVITÉS NUCLÉAIRES : RAYONNEMENTS IONISANTS ET RISQUES POUR LA SANTÉ ET L’ENVIRONNEMENT

Rapport de l’ASN sur l’état de la sûreté nucléaire et de la radioprotection en France en 2015