La radiographie industrielle
Lesactivitésderadiologieindustriellesontdesactivitésàforts
enjeuxderadioprotectionpourlestravailleursetconstituent
uneprioritéd’inspectionpour l’ASN, avecprès de100 ins-
pections réalisées par an dans ce domaine, y compris des
inspections inopinées de nuit sur chantiers. Le système de
télédéclaration des plannings de chantier pour les entre-
prisesprestataires enradiographie industriellemis enplace
par l’ASN en 2014 permet de faciliter l’organisation de ces
contrôles. Un manque de fiabilité des informations trans-
mises a cependant été constaté pour certains prestataires.
Au travers de ses inspections, l’ASN juge que la prise en
compte des risques est contrastée suivant les entreprises.
La réglementation est globalement respectée en matière
de formationdes intervenants, de contrôle externe pério-
dique des sources et appareils et de dosimétrie des travail-
leurs. En revanche, malgré des progrès, les préparations
des interventions, notamment sur chantier pour la déli-
mitation du zonage, les évaluations prévisionnelles de
dose et la coordination entre donneurs d’ordre et pres-
tataires pour renforcer la préparation des interventions
et permettre la mise en œuvre de mesures de prévention
efficaces méritent encore une attention particulière de la
part des différents intervenants. L’ ASN juge préoccupants
les défauts observés enmatière de zonage car il constitue la
principale barrière de sécurité en configurationde chantier
enparticulier pour prévenir les expositions incidentelles.
Les conditions d’opération sur chantier (accès difficile,
travail nocturne…), l’entretien du matériel (projecteurs,
gaines…) sont des paramètres majeurs pour la sécurité
des personnes. Les incidents ont souvent pour origine des
sources bloquées endehors de lapositionde sécurité. L’ASN
note que les cadences de tirs et l’état du matériel ne sont
pas sans lien avec la probabilité d’incident. Elle rappelle
par ailleurs que toute anomalie constatée lors de l’utilisa-
tiond’ungammagraphe, notamment des efforts anormaux
lors de l’éjectionoude retour de la source, devrait conduire
à un arrêt immédiat des opérations et à un contrôle du
matériel. Par ailleurs, toute tentative de dépannage après
un blocage de source devrait être proscrite et entraîner la
mise en œuvre des plans d’urgence internes imposés par
la réglementation mais rarement établis.
Dans le domaine de la justification et de l’optimisation, les
réflexions engagées par les professionnels du contrôle non
destructif ont abouti à l’élaboration de guides ayant pour
but de promouvoir l’utilisation deméthodes de substitu-
tion. Les travaux sont poursuivis par les professionnels, en
particulier auniveaude l’évolutiondes codes de construc-
tion et de maintenance des équipements industriels, afin
de privilégier l’utilisation de méthodes de contrôle non
ionisantes.
L’ASN juge que la mise en œuvre de ces guides et recom-
mandations et l’avancement des travaux sont insuffisants
et estime que les donneurs d’ordre ont un rôle primor-
dial à jouer pour faire progresser la radioprotection dans
le domaine de la radiographie industrielle.
Depuis les incidents notables survenus audébut des années
2010 concernant les blocages de sources de gammagra-
phie industrielle, l’ASNmène une réflexion approfondie
avec les parties prenantes et l’IRSNà partir du retour d’ex-
périence afin d’identifier des solutions techniques géné-
riques permettant de faciliter la récupération des sources
de gammagraphie dont le contrôle aurait été perdu (voir
encadré page 343).
Plusieurs lettres circulaires ont été adressées à l’ensemble
des opérateurs leur rappelant la réglementation et leur
demandant que des améliorations soient apportées à la
préparationdes chantiers et à la gestiondes incidents. Un
rapport présentant les conclusions des réflexionsmenées
avec les parties prenantes pour définir des scénarios types
de pertes de contrôle de sources, élaborer des solutions
techniques de récupération et définir les bonnes pratiques
en cas d’incident de perte de contrôle de sources devraient
être publiées au début de l’année 2016.
D’après l’enquête menée par l’ASN dans le secteur, 70 %
des agences de radiographie industrielle disposent d’une
installation fixe spécialisée (casemates) et 70 %des agences
travaillent également en configurationdite « de chantier ».
50 % des tirs réalisés en radiographie industrielle sont
effectués en configuration de chantier. Dans cette confi-
guration, les gammagraphes à l’iridium-192 sont les plus
utilisés puisqu’ils concernent les deux tiers des chantiers.
Les générateursXsont utilisés principalement sur les autres
chantiers. Très peu de tirs sont menés hors casemate avec
des accélérateurs de particules, ou des gammagraphes au
cobalt-60 ou au sélénium-75. Au global, un tir sur trois est
effectué avec de l’iridium-192 en configurationde chantier.
Les lieux de ces chantiers sont principalement les ateliers
et procédés industriels ainsi que les INB.
La part importante de tirs réalisés en configuration de
« chantiers » au sein d’ateliers industriels suggère une
application insuffisante du principe de justification car
des pièces auraient vraisemblablement pu être contrôlées
en casemate sécurisée dans de nombreux cas.
L’ASNapoursuivi les démarches engagées avec laDirection
générale du travail (DGT) visant à une refonte des textes
réglementaires existants en lamatière avecun renforcement
des exigences dans le domaine de la justification compte
tenude l’existencedeméthodes de substitution reconnues.
La conceptiondes appareils, des installations, l’utilisation
des appareils notamment sur chantiers et la formationdes
opérateurs ont été examinées dans le cadre de ce proces-
sus de refonte réglementaire et au sein du groupe de tra-
vail regroupant les parties prenantes. Ce renforcement des
contraintes impliquera également les donneurs d’ordre
sur l’aspect de la justification et des moyens matériels et
humains disponibles en cas d’incidents.
Les démarches régionales visant à établir des chartes
de bonnes pratiques en radiographie industrielle mises
en œuvre depuis plusieurs années sous l’impulsion de
l’ASN et de l’inspection du travail, notamment dans les
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CHAPITRE 10 :
LES UTILISATIONS INDUSTRIELLES, DE RECHERCHE ET VÉTÉRINAIRES ET LA SÉCURITÉ DES SOURCES
Rapport de l’ASN sur l’état de la sûreté nucléaire et de la radioprotection en France en 2015




