Sur demande de l’ASN, EDF a adopté une approche glo-
bale de surveillance et de maintenance pour les zones
concernées. Plusieurs zones du circuit primaire en alliage
Inconel 600 font ainsi l’objet d’un contrôle particulier.
Pour chacune d’elles, le programme de contrôle en ser-
vice, défini et mis à jour annuellement par l’exploitant,
est soumis à l’ASN qui vérifie que les performances et la
fréquence des contrôles mis en place sont satisfaisantes
pour détecter les dégradations redoutées.
2.4.4 La surveillance de la résistance
des cuves des réacteurs
La cuve est l’un des composants essentiels d’un réacteur à
eau sous pression. Pour un réacteur de 900MWe, sa hau-
teur est de 14 m, son diamètre de 4 mpour une épaisseur
de 20 cm. Samasse est de 300 tonnes. Elle contient le cœur
du réacteur ainsi que son instrumentation. En fonction-
nement normal, la cuve est entièrement remplie d’eau, à
une pression de 155 bars et à une température de 300 °C.
Le contrôle régulier de l’état de la cuve est essentiel pour
les deux raisons suivantes:
•
la cuve est un composant dont le remplacement n’est
pas envisagé, pour des raisons à la fois de faisabilité
technique et de coût;
•
la rupture de cet équipement n’est pas prise en compte
dans les études de sûreté. C’est une des raisons pour
lesquelles toutes les dispositions doivent être prises dès
sa conception afin de garantir sa tenue pendant toute
la durée du fonctionnement du réacteur y compris en
cas d’accident.
En fonctionnement normal, lemétal de la cuve se fragilise
lentement, sous l’effet des neutrons issus de la réaction
de fission du cœur. Cette fragilisation rend en particu-
lier la cuve plus sensible aux chocs thermiques sous
pression ou aux montées brutales de pression à froid.
Cette sensibilité est par ailleurs accrue en présence de
défauts, ce qui est le cas pour quelques cuves qui pré-
sentent des défauts dus à la fabrication, sous leur revê-
tement en acier inoxydable.
L’ASNexamine régulièrement les dossiers relatifs aux cuves
transmis par EDF afin de s’assurer que la démonstration
de tenue en service de celles-ci est suffisamment conser-
vative et respecte la réglementation.
LeGroupe permanent d’experts pour les équipements sous
pression nucléaires a été consulté en fin d’année 2015 sur
le dossier transmis par EDF qui justifie la tenue en service
des cuves des réacteurs de 1300 MWe.
2.4.5 La surveillance de la maintenance
et le remplacement des générateurs de vapeur
Les générateurs de vapeur (GV) sont composés de
deux parties, l’une appartenant au circuit primaire
et l’autre au circuit secondaire. L’ intégrité des princi-
paux éléments constitutifs des générateurs de vapeur
est surveillée, tout particulièrement celle du faisceau
tubulaire, qui revêt un enjeu important pour la sûreté
de l’installation. En effet, une dégradation du faisceau
tubulaire (corrosion, usure, fissure…) peut créer une
fuite du circuit primaire vers le circuit secondaire. De
plus, la rupture d’un des tubes du faisceau (RTGV)
conduirait à contourner l’enceinte de confinement du
réacteur, qui constitue la troisième barrière de confi-
nement. Les générateurs de vapeur font l’objet d’un
programme spécifique de surveillance en exploitation,
établi par EDF, révisé périodiquement et examiné par
l’ASN. À l’issue des contrôles, les tubes présentant des
dégradations trop importantes sont bouchés pour être
mis hors-service.
Les nettoyages mécaniques et chimiques
des générateurs de vapeur
Les générateurs de vapeur ont tendance à s’encrasser au
cours du temps en raison des produits de corrosion issus
des échangeurs du circuit secondaire. Ceci se traduit par
l’accumulationde bouemolle oudure sur la plaque tubu-
laire, l’encrassement des parois des tubes et le colmatage
des passages foliés des plaques entretoises. Les produits
de corrosion forment une couche de magnétite sur les
surfaces des internes. Sur les tubes, la couche de dépôts
(encrassement) diminue l’échange thermique. Auniveau
des passages foliés, les dépôts empêchent la libre circu-
lation du mélange eau-vapeur (colmatage), ce qui crée
un risque d’endommagement des tubes et des structures
internes et peut dégrader le fonctionnement global du
générateur de vapeur.
Pour empêcher ou minimiser de tels effets, diverses
solutions sont mises en place et permettent de limiter
les dépôts métalliques : nettoyages chimiques préven-
tifs ou nettoyages mécaniques (lançages à l’aide de jets
hydrauliques), remplacement du matériau (laiton par
acier inoxydable ou alliage de titane, plus résistants à la
corrosion) de certains faisceaux tubulaires d’échangeurs
du circuit secondaire et augmentation du pH condition-
nant le circuit secondaire.
Les principes de la démonstration
de tenue en service des cuves
La réglementation en vigueur impose notamment à l’exploitant :
• d’identifier les situations ayant un impact sur l’équipement ;
• de prendre des mesures afin de connaître l’effet
du vieillissement sur les propriétés des matériaux ;
• de mettre en œuvre des moyens lui permettant
de détecter suffisamment tôt des défauts préjudiciables
à l’intégrité de la structure ;
• d’éliminer toute fissure détectée ou, en cas d’impossibilité,
d’apporter une justification spécifique appropriée
au maintien en l’état d’un tel type de défaut.
COMPRENDRE
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CHAPITRE 12 :
LES CENTRALES NUCLÉAIRES D’EDF
Rapport de l’ASN sur l’état de la sûreté nucléaire et de la radioprotection en France en 2015




