Non-respect des règles générales d’exploitation concernant la conduite à tenir à la suite de l’indisponibilité d’un matériel
Le 9 octobre 2026, EDF a déclaré à l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR) un événement significatif relatif à l’ouverture d’une soupape d’un circuit de refroidissement du réacteur à l’arrêt qui ne s’est pas complètement refermée et qui n’a pu être remise en conformité dans le délai requis.
Le réacteur EPR de Flamanville est équipé de plusieurs appareils de mesure de la concentration en bore[1] du circuit primaire. Il dispose également d’un système de borication de sûreté (RBS) qui permet d'injecter du bore à une forte concentration de manière automatique ou manuelle dans le circuit primaire afin de stopper ou ralentir la réaction nucléaire. Le réacteur EPR est également équipé d’un circuit de refroidissement à l’arrêt dit RIS BP/RA et d’un circuit d’injection de sécurité à moyenne pression dit RIS MP, tous deux composés quatre trains. Lorsque le réacteur est arrêté mais que le combustible est encore dans la cuve du réacteur, les quatre trains RIS BP/RA sont connectés au circuit primaire et assurent le refroidissement du combustible. Comme les quatre trains RIS MP, les trains RIS BP/RA peuvent également assurer la fonction d’injection de sécurité pour compenser une brèche du circuit primaire.
Les règles générales d’exploitation (RGE) sont un recueil de règles approuvées par l’ASNR qui définissent le domaine autorisé de fonctionnement de l’installation et les prescriptions de conduite des réacteurs associées. Elles prescrivent notamment la conduite à tenir et les délais associés en cas d’indisponibilité des systèmes requis pour assurer la sûreté des réacteurs.
Le 1er octobre 2026, lors des opérations de mise à l’arrêt du réacteur avant de procéder au déchargement, un des appareils de mesure de la concentration en bore du circuit primaire a dysfonctionné. En l’absence de récupération rapide de cet équipement et malgré la stabilité de la réactivité du cœur du réacteur et la réalisation d’une mesure manuelle de la concentration en bore confirmant l’absence d’évolution, les opérateurs de conduite ont appliqué les procédures de conduite incidentelle en démarrant le système de borication de sécurité. Ce transitoire d’exploitation a provoqué des fluctuations de pression du circuit primaire qui ont conduit à l’ouverture d’une soupape d’un train RIS BP/RA qui ne s’est pas complétement refermée. La baisse de pression du circuit primaire provoquée par la fermeture incomplète de cette soupape a alors entraîné le démarrage du circuit d’injection de sécurité.
Après avoir identifié la soupape non étanche, les opérateurs ont isolé le train RIS BP/RA associé, permettant ainsi de stabiliser la pression du circuit primaire et de sortir des procédures de conduite incidentelle le 2 octobre 2026. A cette date, du fait de son isolement, le train RIS BP/RA a été considéré comme indisponible au sens des RGE.
La soupape inétanche a été réparée le 6 octobre 2026, ce qui a permis de retrouver la disponibilité du train RIS BP/RA. EDF n’a donc pas respecté la règle relative à l’indisponibilité d’un train RIS BP/RA définie dans les RGE, qui impose une réparation sous trois jours.
Cet événement n’a pas eu de conséquence sur les installations, les personnes et l’environnement. Néanmoins, cet événement ayant généré, lors du retour en fonctionnement normal, des écarts aux exigences des RGE, il a été classé au niveau 1 de l’échelle INES (échelle internationale des événements nucléaires et radiologiques, graduée de 0 à 7 par ordre croissant de gravité).
L’ASNR a été informée de cet événement dès le 1er octobre au matin et a suivi la situation tout en s’assurant du bien-fondé des dispositions prises par l’exploitant.
Par la suite, afin de pouvoir poursuivre la mise à l’arrêt du réacteur, l’ASNR a pris deux décisions permettant de modifier temporairement les RGE en prenant en compte l’état du réacteur et les enjeux de sûreté associés. L’ASNR a également mené une inspection le 15 octobre 2026, qui a montré que la gestion de l’aléa par les équipes de conduite avait été satisfaisante. L’ASNR sera particulièrement vigilante à ce qu’EDF tire pleinement le retour d’expérience de cet événement.
En savoir plus :
[1] Le bore, présent dans l’eau du circuit primaire, permet de contrôler et le cas échéant d’arrêter la réaction nucléaire. La concentration en bore est surveillée pendant l’exploitation du réacteur.
Date de la dernière mise à jour : 22/10/2026
Classement de l’incident (INES)
Niveau 1
Anomalie