Encadrement des risques de dispersion de légionelles par la centrale nucléaire de Civaux : quelle prise en compte des observations des parties prenantes dans la décision de l’ASNR ?
Les deux réacteurs de la centrale nucléaire de Civaux, situés en bord de Vienne, sont équipés chacun d’une grande tour aéroréfrigérante. Ces grandes tours sont susceptibles de disperser des légionelles dans l’environnement.
Comme pour ses autres centrales nucléaires soumises à ce risque, EDF prévoit de mettre en place un traitement biocide par injection de monochloramine dans les circuits de refroidissement. Celui-ci permettra de respecter la décision de l’ASN du 6 décembre 2016. Cette décision fixe deux seuils de colonisation de légionelles dans les circuits, respectivement de 10 000 et 100 000 unités formant colonies par litre (UFC/L), à compter desquels des actions curatives et correctives sont à mener pour rabattre les niveaux de colonisation observés.
Comme ce traitement biocide conduit à des rejets chimiques dans l’eau de la Vienne, l’ASNR a consulté le public ainsi que les parties prenantes locales, qui ont exprimé plusieurs avis défavorables. Ces avis contestent le besoin d’un traitement biocide au regard des colonisations limitées en légionelles observées sur la centrale nucléaire de Civaux. Ils insistent sur l’impact des rejets issus d’un tel traitement sur la qualité de l’eau de la Vienne, dans un contexte où cette eau est déjà affectée en amont de la centrale par des effluents industriels et où celle-ci est utilisée en aval pour produire de l’eau potable.
Ces avis considèrent que l’équilibre résultant des dispositions de la décision de l’ASN du 6 décembre 2016 entre la nécessité de maîtriser le risque de légionellose et les impacts sur l’environnement d’un traitement biocide n’est pas approprié pour la centrale nucléaire de Civaux compte tenu des spécificités de la Vienne et de ses usages à l’amont et à l’aval.
Ainsi, l’ASNR a jugé nécessaire de revoir, spécifiquement pour la centrale nucléaire de Civaux et au regard des enjeux locaux, le cadre applicable à la maîtrise des colonisations en légionelles, en imposant de ne mettre en œuvre un traitement biocide qu’à partir de 100 000 UFC/L.
Cette dérogation permet ainsi de limiter l’occurrence des traitements biocides et donc les rejets chimiques dans l’eau de la Vienne. Dans le même temps, cette dérogation ne remet pas en cause la prévention du risque de légionellose, en obligeant EDF à traiter ses circuits dès l’atteinte de 100 000 UFC/L et, si ce traitement n’est pas efficace, à arrêter ses réacteurs